Le rôle de la Belgique face à la crise de la "Jungle de Calais": être solidaire

Bernard Devos: le délégué général aux Droits de l'Enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Bernard Devos: le délégué général aux Droits de l'Enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. - © FRANCOIS WALSCHAERTS - BELGA

Le démantèlement de la jungle de Calais suscite l'inquiétude du délégué général aux Droits de l'Enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Bernard Devos. Il s’est rendu sur place avec trois de ses homologues notamment français et britannique.

D’abord pour évaluer la situation et surtout pour manifester son inquiétude. "Il y a là, dans cette mal nommée jungle de Calais, plus de 1300 enfants répertoriés par France Terre d’Asile comme étant des mineurs étrangers non-accompagnés. Des gamins de 12, 16, 18 ans et qui sont isolés. C’est une inquiétude réelle parce que, en cas de démantèlement, leur situation déjà déplorable aujourd’hui risque encore d’empirer. On ne sait pas très bien ce qui va leur arriver."

Bernard Devos évoque les risques d’exploitation sexuelle, de mise au travail, dans des conditions infectes, de disparition d’enfants

"Refuser une aide est une faute"

Alors que la "Jungle" se trouve en France et concerne le Royaume-Uni, le délégué aux Droits de l’Enfant de Wallonie-Bruxelles estime avoir un rôle à jouer dans ce dossier. "J’ai toujours estimé qu’appliquer simplement la convention, ce n’est pas seulement faire en sorte que chaque article soit appliqué sur notre territoire national. C’est surtout avoir une conception solidaire. Je pense que chaque Etat signataire, chaque Etat partie doit s’engager solidairement avec d’autres. Je dis souvent que ne pas demander de l’aide quand on est en difficulté, c’est une faute. Et refuser de l’accorder, c’est une faute aussi. Lors du dernier démantèlement partiel en février de la jungle, on a vu que la réaction, notamment de la Belgique, est simplement de fermer les frontières pour éviter d’être encombrée par cette situation-là. Je pense qu’on peut faire mieux. On peut être proactif aujourd’hui."

J’ai déjà vu des camps de réfugiés. Je n’ai jamais vu un camp aussi mal organisé

Au retour de sa visite du camp de Calais, Bernard Devos décrit une "catastrophe humanitaire" qui a déjà été vue et revue. "Alors, quand on la voit sur le terrain, c’est encore plus affligeant. J’ai déjà vu des camps de réfugiés. Je n’ai jamais vu un camp aussi mal organisé, fait de bric et de broc, heureusement avec beaucoup de solidarité au sein de ce camp. On fait les comptages par hélicoptère. C’est complètement surréaliste. Pour arriver à connaître le nombre d’enfants qui sont dans le camp, c’est pratiquement impossible. C’est une pression constante. Des CRS à tous les coins. C’est une forme d’inhumanité qu’on peut difficilement imaginer et c’est vraiment affligeant".

On a le sentiment que ça avance un peu dans le bon sens

Bernard Devos a pu rencontrer les ONG, les autorités locales, notamment la sous-préfecture et la préfecture, mais les réponses sont encore insuffisantes. "On a le sentiment que ça avance un peu dans le bon sens puisque, effectivement, on s’inquiétait du démantèlement sans préoccupation pour les enfants. Ici, il semble bien que, en tous les cas, les mineurs étrangers non-accompagnés, pour lesquels il y a un projet de réunification familiale en Angleterre, seront mis à l’abri. Et notre recommandation aux quatre défenseurs des enfants, c’est vraiment de faire en sorte que tous les enfants soient mis à l’abri avant le démantèlement et qu’il y ait des possibilités d’accompagnement proposées pour ces mineurs à plus long terme.

Je pense qu’on a été en partie entendu. On a cru comprendre que la date de démantèlement serait repoussée; que sans doute ces enfants seraient regroupés dans un centre de containers pas très agréables, mais au moins ils seront en sécurité pendant le démantèlement, sans risquer de subir des violences supplémentaires à celles qu’ils subissent depuis quelques mois et quelques années pour certains".

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