Le Prix Italia à Lampedusa pour remettre la politique migratoire au centre de l'actualité

L’île de Lampedusa est particulièrement touchée par les vagues migratoires venant des pays nord-africains et du Moyen-Orient.
L’île de Lampedusa est particulièrement touchée par les vagues migratoires venant des pays nord-africains et du Moyen-Orient. - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

Cette année, le Prix Italia s’est déroulé sur l’île de Lampedusa pour commémorer les 3 ans du naufrage qui avait coûté la vie à 366 migrants en 2013. Le festival souhaitait remettre la politique migratoire européenne au centre de l'attention médiatique.

Le prestigieux festival qui se tient chaque année à Turin récompense les meilleurs programmes TV, radio et web européens. Pour sa 68e édition, il a investi le petit aéroport de l’île sicilienne. Cette relocalisation de l’événement était accompagnée d'une thématique forte, "Historytelling now" (contraction de "history", l’histoire, et "storytelling", la narration), visant à recentrer physiquement les journalistes et leurs récits dans le cours de l’histoire.

En effet, de par sa situation géographique plus proche des côtes africaines que de la Sicile, l’île de Lampedusa est particulièrement touchée par les vagues migratoires venant des pays nord-africains et du Moyen-Orient. Son histoire est intrinsèquement liée aux arrivées des embarcations de fortune et sa réponse unique à l'immigration fait d’elle un point crucial de la politique migratoire européenne.

Il y a trois ans exactement, un bateau transportant plus de 500 migrants prend feu au large des côtes de l’île. Pour échapper aux flammes, la moitié des passagers se jettent à l’eau, déséquilibrant le vaisseau qui chavire de l’autre côté. 366 personnes y trouvent la mort. Cet événement est l’un parmi de nombreuses tragédies maritimes à l'origine du surnom de la Méditerranée qualifiée comme étant "le cimentière de l'Europe". Lampedusa incarne le symbole d’une situation d’urgence que le festival déplore voir disparaître et désirait raviver.

En collaboration avec l’UER, le festival a réuni, sous l’appellation du "YLAB", une équipe de 6 jeunes journalistes web et experts en narration en ligne pour non seulement couvrir l’événement, mais surtout raconter l’histoire de Lampedusa et son rapport à la problématique de l’immigration. Tout au long du festival, ils sont partis à la rencontre des habitants de l'île et de réfugiés venus commémorer le 3 octobre 2013 afin de rapporter leurs histoires sur les plateformes du Refugee Stories Network qu’ils ont fondé.

Dans leurs récits en ligne, ces jeunes, spécialement entraînés au journalisme sur mobile pour l’occasion, expliquent comment chaque personne rencontrée sur l’île est liée de près ou de loin aux migrants qui arrivent régulièrement chez eux. Les habitants leur offrent le couvert, le logis, un sourire.

Chaque insulaire a une histoire à raconter : le charpentier de la ville construit des croix avec le bois des épaves. Le prêtre de la ville fait en sorte que chaque corps soit enterré avec dignité, cherchant les identités, les familles et les récits personnels de chacune des victimes pour leur rendre un dernier hommage. Les gardes-côtes et la croix rouges sont experts en opération de sauvetage. Les écoles et le "comité du 3 octobre" accueillent chaque année des rescapés du naufrage de 2013 pour qu’ils échangent avec les étudiants.

En récoltant ces histoires, le YLAB a pour objectif de changer la narration et la terminologie généralement adoptées par les médias autour de la thématique : "invasion", "exode" et autres désignations négatives. Peut-on, par un renouvellement de discours qui aborde les personnes et leurs parcours au lieu d’évoquer des chiffres globaux et anxiogènes, changer l’histoire ? C’est en tout cas le message que l’équipe souhaite transmettre sur leur site Refugee Stories Network, sur Instagram, Facebook, Twitter et YouTube.

Les participants du YLAB ont constaté que, contrairement à d’autres pays européens, les gens de Lampedusa, alors que directement confrontés aux arrivées massives de migrants, répondent par un sens de l’hospitalité et d'humanité hors du commun.

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