La "Jungle" de Calais détruite, où loger les migrants expulsés?

Des migrants tentent de se réchauffer pendant qu'une partie de la "Jungle" est démantelée
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Des migrants tentent de se réchauffer pendant qu'une partie de la "Jungle" est démantelée - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

La nuit de lundi à mardi a été calme aux abords de la "Jungle" de Calais, après les violences qui ont émaillé le démarrage lundi de la destruction d'une partie de ce bidonville regroupant des milliers de migrants.

Les travaux se poursuivent ce mardi pour la deuxième journée consécutive, sous la surveillance d'un imposant dispositif des forces de l'ordre.

Frère Johannes, un moine belge qui vit dans le camp, est effaré de voir ce qui se passe : "La police sécurise la destruction des logements. Mais il y a encore des gens et des enfants dans ces habitations. On ne sait pas où ils doivent aller. Malgré que la police vide les maisons et les détruise, les gens restent calmes".

Un refuge

Où reloger les migrants expulsés ? C'est toute la question. Dans les containers installés dans la partie nord, il ne reste que 200 places. Les autorités proposent aussi aux réfugiés de rejoindre des CAO, des centres d'accueil disséminés partout en France, où ils peuvent déposer leur demande d'asile. Mais ils sont réticents à s'éloigner de Calais. La Jungle était pour eux une sorte de refuge, comme l'explique Alexandra Galitzine-Loumpet, une anthropologue qui sillonne le camp pour mieux le comprendre : "C'est un endroit où il est terrible de vivre, mais des liens sociaux se créent. Tout le travail des associations va être détruit. Cela va recréer une précarité, une insécurité pour tout le monde. Il faudra tout recommencer. Quand ils sont envoyés en CAO à l'autre bout de la France, souvent cela ne se passe pas bien, il n'y a aucune communauté possible. Certains reviennent des CAO pour passer le week-end ici et repartent la mort dans l'âme".

Barres de fer

Lundi soir, quelque 150 migrants, armés pour certains de barres de fer, s'étaient introduits une heure durant sur la rocade qui jouxte la "Jungle", lançant des pierres ou s'en prenant aux véhicules en partance pour l'Angleterre.

Les forces de l'ordre avaient répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes, avant d'évincer les protestataires de la route. Les autorités ont fait état de deux policiers blessés dans ces incidents.

Depuis des années, des migrants, venus pour la plupart de Syrie, d'Afghanistan et du Soudan, transitent à Calais dans l'espoir de gagner la Grande-Bretagne, en profitant du trafic routier trans-Manche.

Le gouvernement français a obtenu jeudi dernier l'aval de la justice administrative pour évacuer la partie sud de la "Jungle", qui abrite de 800 à 1000 migrants selon la préfecture mais près de 3500 d'après les associations.

L'opération entamée lundi est la première étape vers un démantèlement complet du camp, devenu le plus grand bidonville du pays avec entre 3700 et 7000 migrants selon les estimations.

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