La Hongrie ferme complètement sa frontière avec la Serbie, quel est le plan d'Orbán?

Hongrie: des migrants transportés directement de la frontière serbe en Autriche
Hongrie: des migrants transportés directement de la frontière serbe en Autriche - © ARMEND NIMANI - AFP

Budapest a fermé lundi le principal point de sa frontière avec la Serbie. A Röszke, le principal point de transit des migrants à la frontière serbe, des policiers hongrois en uniforme bleu empêchaient leur passage, pendant que d'autres agents tendaient des fils de fer en travers de la voie.

Des migrants arrivant de Serbie éclataient en pleurs en voyant que le passage n'était plus libre. Et dès mardi, la Hongrie devait mettre en oeuvre une nouvelle législation destinée à leur rendre sa frontière infranchissable.

De plus on a appris dans la soirée que la Hongrie avait fermé une partie de son espace aérien sur une vingtaine de kilomètres le long de la frontière serbe et jusqu'à une altitude de 1350 mètres. Cela concerne les vols d'hélicoptères, de petits avions et de planeurs mais pas le trafic international. La mesure vise sans doute moins d'éventuelles tentatives de passage de migrants par la voie des airs que la presse.

Risque de déchirement de l'Union

Au même moment, à Bruxelles, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn mettait en garde les dirigeants européens. "Si nous ne nous ressaisissons pas ensemble aujourd'hui, l'Europe sera totalement déchirée", a averti Jean Asselborn, qui présidait un conseil extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE.

Ces derniers, divisés, devaient examiner les mesures dévoilées la semaine dernière par la Commission européenne, qui a exhorté les Etats membres à se répartir, suivant des quotas contraignants, la "relocalisation" de 160 000 réfugiés au total.

Ils ont entériné leur décision prise fin juillet de se répartir l'accueil de 40 000 réfugiés se trouvant en Grèce et en Italie (même s'ils ne se sont pour l'instant entendus que sur la destination de quelque 32 000). Mais les discussions s'annonçaient plus difficiles sur les 120 000 supplémentaires.

"L'Allemagne est légitime à rétablir des contrôles, j'ai déjà eu à procéder moi-même à une décision similaire", a souligné le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, arrivé lundi au Conseil au côté de son homologue allemand Thomas de Maizière.

'Inaction' de Schengen

Devenue en quelques semaines une Terre promise pour des réfugiés de plus en plus nombreux qui pourraient atteindre un million cette année, l'Allemagne a justifié sa décision par "l'inaction" de l'UE.

Berlin a toutefois assuré que le rétablissement des contrôles ne signifiait pas que l'Allemagne fermait ses frontières aux demandeurs d'asile et à ceux réclamant le statut de réfugiés.

Cette volte-face de la chancelière Angela Merkel, confrontée à des problèmes logistiques mal anticipés et à la grogne de son camp politique, survient quelques jours seulement après qu'elle eut plaidé auprès de ses partenaires européens pour un accueil des réfugiés sans limite de nombre.

A la frontière germano-autrichienne, le retour des contrôles - "comme dans les années 1980" - a déclenché embouteillages et protestations.

Sur le pont reliant l'Autriche à l'Allemagne entre Salzbourg et Freilassing, les chauffeurs devaient redécouvrir la patience comme avant l'entrée en vigueur progressive à partir de 1985 des accords de Schengen.

Dès l'aube à Freilassing, des bouchons monstres s'étaient formés, passeports et véhicules étant désormais contrôlés par les policiers, qui orientent les réfugiés vers des centres d'accueil.

La capitale de la Bavière, Munich (sud), est proche de la saturation, avec 63 000 réfugiés arrivés en deux semaines.

La décision de Berlin a immédiatement fait des émules parmi les pays de l'Est -- Slovaquie et République tchèque -- qui rejettent depuis des semaines l'idée allemande de quotas de répartition des réfugiés entre les 28 membres de l'UE, mais aussi en Autriche, elle aussi sous pression.

La Pologne, elle, s'est dite prête, en cas de danger pour sa sécurité, à rétablir "sans délai" des mesures de contrôle à ses frontières.

'Vide juridique'

Vienne a aussi décidé de déployer des militaires à sa frontière avec la Hongrie, où le flux de migrants a pris des proportions sans précédent à la veille de la mise en oeuvre des nouvelles dispositions antimigrants de Budapest.

Plus de 4500 migrants se sont ainsi présentés au poste-frontière autoroutier de Nickelsdorf entre minuit et 06H00.

Lundi, le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés a mis en garde contre un "vide juridique" auquel seraient confrontés les réfugiés en Europe avec la multiplication des mesures prises isolément par les Etats, et souligné une nouvelle fois "l'urgence d'une réponse globale européenne".

La Commission européenne a jugé que la décision de l'Allemagne "soulignait l'urgence" de parvenir à un plan européen de répartition.

La Grande-Bretagne, qui comme le Danemark et l'Irlande dispose d'une option de retrait de la politique d'asile de l'UE, a annoncé lundi la nomination d'un sous-secrétaire d'État aux réfugiés, au moment où le Premier ministre David Cameron visitait un camp de réfugiés au Liban. Londres a promis d'accueillir 20.000 Syriens en cinq ans.

La crise migratoire, portée par les guerres et la misère au Moyen-Orient et en Afrique, ne donnait aucun signe de ralentissement.

Avant la réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE lundi après-midi, les ministres allemand et français ont tenu une réunion à huis clos avec leurs homologues italien, grecque et hongrois, ainsi qu'un membre de la Commission et la présidence luxembourgeoise.

La France et l'Allemagne "ont mis la pression sur les Italiens, les Grecs, et surtout les Hongrois pour qu'ils mettent en oeuvre les 'hotspots'", ces centres d'accueil pour faire le tri entre réfugiés et migrants illégaux à renvoyer vers leus pays d'origine, a indiqué à l'AFP une source européenne.

L'UE a par ailleurs annoncé lundi qu'elle recourrait, à partir de début octobre, à la force militaire contre les passeurs de migrants dans le cadre de son opération navale en Méditerranée.

Les migrants transférés directement de la frontière serbe à celle avec l'Autriche

Les autorités hongroises, qui ont longtemps cherché à entraver le transit de migrants à travers leur pays, transportent désormais directement certains d'entre eux depuis la frontière serbe jusqu'à la frontière autrichienne, a-t-on appris lundi auprès du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR).

"Des trains emmènent des migrants depuis la gare de Röszke directement jusqu'à la frontière autrichienne", a indiqué Ernö Simon, porte-parole du HCR en Hongrie. "Hier (dimanche), nous avons vu trois de ces trains transporter au moins 2000 personnes et durant la nuit des collègues ont vu des policiers réveiller les gens (à cette fin) au point de rassemblement de migrants à la frontière", a-t-il ajouté.

Des journalistes de l'AFP ont rapporté que le point de rassemblement, situé juste au-delà du principal point de passage de migrants à la frontière serbo-hongroise, à Röszke, était quasiment vide en fin de matinée. A la gare de Röszke, un policier a confirmé que les trains de migrants allaient "à la frontière autrichienne, à Hegyeshalom".

Nouvelle législation mardi

La Hongrie avait jusqu'à présent été régulièrement critiquée pour sa volonté d'acheminer systématiquement les migrants dans des camps de premier accueil pour les y enregistrer selon les normes de l'espace Schengen.

Le transfert accéléré et sans formalité de migrants vers la frontière autrichienne observé par le HCR intervient alors qu'une nouvelle législation anti-migrants doit entrer en vigueur mardi, avec pour objectif de stopper le flux passant par la frontière serbe.

La Hongrie passera alors en "état de crise pour migration de masse" (un cran en dessous de l’état d’urgence). La clôture en construction depuis le début juillet sera alors terminée, double et hérissée de barbelés et de lames de rasoirs. La franchir sera considéré comme un délit passible de trois ans de prison. L'armée patrouillera en outre à la frontière.

Plan secret de Viktor Orbán?

Selon le site hongrois index.hu, un véritable plan secret du gouvernement existe pour empêcher encore les réfugiés d'entrer en Hongrie. Euractiv  publie un résumé de la traduction de ces révélations par l'association Refugee Crisis in Hungary. qui milite pour la diffusion d'information pluraliste au sujet de la crise des réfugiés en Hongrie.

Selon ces révélations, le Premier ministre se prépare aussi à déclarer l'état d'urgence et modifiera le code pénal pour pouvoir renvoyer les réfugiés qui franchiront la frontière en Serbie et pour criminaliser les tentatives d'escalader la clôture.

Selon index.hu, des conteneurs tribunaux seront placés à la frontière et aucune traduction ne sera fournie durant les procès. Le site ajoute même que la Hongrie fera en sorte pour que les réfugiés aient un casier judiciaire signalé dans le système Schengen ce qui bloquera leur entrée dans l’espace Schengen pendant 10 ans et constituerait un abus flagrant de cet instrument.

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