L'afflux de migrants, une opportunité pour le gouvernement allemand

On estime à 800 000 le nombre de réfugiés qui auront rejoint l’Allemagne d'ici la fin de l'année. Malgré les tensions que cet afflux massif occasionne, le gouvernement allemand y voit surtout une opportunité. Avec une démographie en déclin, et 500 000 emplois à pourvoir, ces réfugiés représentent une main-d’œuvre très précieuse.

Rajeunir la main-d’œuvre

Mohammed Abdi en est un très bon exemple. Il y a dix mois, il fuyait la guerre en Somalie. Aujourd'hui, il contrôle des lames industrielles, dans une entreprise de Brandebourg, à une heure de Berlin. A 24 ans, son rêve son réalise... "Jamais je n’aurais pensé décrocher si vite un boulot comme celui-ci", déclare-t-il. "Je suis vraiment heureux. Et j'espère pouvoir continuer ici."

L’entreprise qui l’emploie a des projets d’expansion. Pour y arriver, elle a besoin de jeunes recrues comme Mohammed, difficiles à trouver dans une Allemagne vieillissante. Volker Schmidt, la bonne quarantaine, est responsable des expéditions dans l’entreprise. Il confirme : "Actuellement, nous avons pas mal de collaborateurs relativement âgés (et j'en fais partie) qui dans un avenir proche, quitteront la production. Et nous nous réjouissons d'accueillir de jeunes collègues."

1,8 million de postes à combler d’ici 2020

Aujourd’hui, la pénurie de main-d’œuvre en Allemagne s’élève à 500 000 emplois. Elle touche de nombreux secteurs comme les soins de santé, l’aide aux personnes âgées, les nouvelles technologies. D’ici 2020, les postes à pourvoir pourraient grimper jusqu’à 1,8 million, selon certaines estimations. Les migrants qui arrivent en masse depuis quelques mois, sont donc une aubaine pour l’Allemagne.

D’autant que les nouveaux arrivants, essentiellement originaires de Syrie et d’Irak, sont souvent très qualifiés. Pour nous en rendre compte, nous nous rendons dans un quartier du nord de Berlin, devant un centre où, chaque jour, des centaines de migrants attendent de pouvoir introduire leur demande d'asile. Un rapide coup de sonde permet de constater que l’on a affaire ici à véritable réservoir de main-d’œuvre. Un Syrien de 34 ans nous montre une copie de son diplôme. Il est vétérinaire : "J’ai de l’expérience dans le domaine médical et pharmaceutique. Je peux faire beaucoup de choses". Cet autre Syrien autre est arrivé avec sa compagne. Ils ont tous les deux un diplôme d’ingénieur en poche. Deux exemples parmi tant d’autres…

Mieux cerner les compétences

Pour mieux exploiter ce vivier, l'Agence fédérale allemande pour l'emploi a créé un service spécial. Sa mission : identifier les compétences des réfugiés. "Nous rassemblons un maximum de données sur la personne", explique Kabeya Kabambi, de l’Agence pour l’emploi de Berlin-Brandebourg. "Ensuite, nous analysons ces données et puis, avec le réfugié, nous établissons une stratégie professionnelle." Dans son bureau de Berlin, ce jour-là, un Syrien. Il est ingénieur et dispose d’une expérience médicale. Un profil particulièrement convoité en Allemagne. Le sourire aux lèvres, il déclare, confiant : "Je suis sûr que je trouverai du travail dans mon domaine."

Encore faut-il qu'il apprenne l'allemand. Un des gros défis de l'Allemagne sera en effet d'offrir rapidement des cours de langues à ces travailleurs potentiels.

Plus vite sur le marché de l’emploi


En attendant, pour accélérer la mise au travail, le gouvernement allemand assouplit les procédures. Désormais, les migrants peuvent postuler pour un emploi ou suivre une formation après 3 mois au lieu de 9 auparavant.

Dejan Markovic est serbe. En Allemagne depuis quelques mois, il vient d’obtenir un stage dans une entreprise de toiture à Berlin, alors que sa demande d'asile est toujours à l'examen. Cet emploi est une chance. L'occasion pour lui de faire ses preuves et de montrer qu'il est motivé : "Je veux me battre. Je veux travailler, et pas prendre l'argent de la sécurité sociale", martèle-t-il.

Bien sûr, rien ne garantit que sa demande d'asile sera acceptée... mais son patron, Mehmet Kacar, est prêt à courir le risque : "Ce serait dommage. Je serais triste s'il ne l'obtenait pas. Mais c'est un risque qu'on a pris."

Au total, l'Allemagne devrait accueillir 800 000 réfugiés. Selon une estimation, 50 000 d'entre eux devraient intégrer le marché du travail dès cette année.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK