Herman Van Rompuy: "On a aussi besoin de Viktor Orban pour un consensus"

Herman Van Rompuy, ancien Premier ministre belge et président du Conseil européen.
Herman Van Rompuy, ancien Premier ministre belge et président du Conseil européen. - © Tous droits réservés

À la veille du mini-sommet européen convoqué ce dimanche 25 octobre pour tenter de répondre à la situation d’urgence des réfugiés dans les Balkans, Herman Van Rompuy est ce samedi 24 octobre l’invité du Grand oral RTBF-Le Soir sur La Première.

Premier ministre issu du CD&V, puis président du Conseil européen jusqu’en décembre 2014, Herman Van Rompuy est aujourd’hui président émérite du conseil européen, professeur et aussi président de l’EPC, un centre d’étude et de recherche en matière d’intégration européenne.

Il est interrogé par Anne Blanpain, journaliste RTBF en charge des dossiers européens, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, et Jacques Crémers, chef de rédaction de La Première.

Pour Herman Van Rompuy, la crise migratoire est une surprise. Au début, c’était le chacun pour soi, mais après quelques semaines, le conseil européen a décidé d’une stratégie d’ensemble. "Je ne suis pas étonné qu’il y ait eu un moment d’hésitation. Ça a été pareil dans la crise de l’euro zone, compare-t-il. S’il n’y avait pas d’Europe, vous auriez eu des grilles, des murs, pas entre la Hongrie et la Croatie, la Hongrie et la Serbie, mais vous auriez eu 28 murs et encore davantage !"

Un défenseur d’Angela Merkel

L’ancien président du conseil européen salue l’action de la chancelière allemande, Angela Merkel, même si "elle a été surprise", dit-il, "par l’importance du flux migratoire. Dès le début, elle était la seule à avoir un langage plus ou moins humain. Elle a tout de suite dit qu’il fallait une réponse européenne", a déclaré Herman Van Rompuy.

Le mini-sommet des Balkans

Un mini-sommet a été convoqué ce 25 octobre avec les dirigeants des pays européens confrontés à l'exode persistant de milliers de migrants et réfugiés. Les chefs d’État et de gouvernement d’une dizaine de pays (Autriche, Bulgarie, Croatie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Roumanie, Macédoine, Serbie et Slovénie) se retrouveront à Bruxelles pour tenter de coordonner leur action face à une "situation d'urgence" dans les Balkans.

Herman Van Rompuy est dubitatif sur l’intérêt de cette réunion : "Il y a quelques pays qui sont invités, pas mal de pays ne sont pas invités. Pour moi, c’est une initiative assez curieuse, car toutes les décisions doivent se prendre à 28. On est tous concernés par le problème, pas seulement les pays riverains du Danube", commente-t-il.

Le dossier turc

Interrogé à propos des négociations avec la Turquie, Herman Van Rompuy estime qu’il faut négocier mais que cela ne doit pas de facto déboucher sur une adhésion, cela peut aussi aboutir à un partenariat privilégié. "Je ne suis pas très chaud, explique Herman Van Rompuy. Je pense que les Européens ne sont pas prêts. En outre, aussi longtemps que la Turquie ne reconnait pas Chypre, un membre à part entière de l’Union européenne, il y a un problème."

Exclure Viktor Orban ?

Les prises de position et les décisions récentes du Premier ministre hongrois Viktor Orban, visant notamment à criminaliser le franchissement de frontières par les réfugiés, ou à protéger l'identité chrétienne de la Hongrie face à l'arrivée de musulmans, dérangent même au sein du parti populaire européen (PPE). Faut-il pour autant l’exclure ?

"Il faut continuer à travailler à 28 sinon on ne peut rien décider. Monsieur Orban est le premier ministre d’un pays souverain, il a gagné deux élections, il parle au nom de son peuple. On a besoin aussi de lui pour avoir le consensus, précise le président émérite du Conseil. Ce n’est pas le moment de dire toi tu es un bon, toi tu es un mauvais. Il est d’accord avec la stratégie, c’est ce qui compte. "

Un an de gouvernement fédéral belge

Enfin, l’ancien Premier ministre belge a conclu l’entretien par une appréciation sur le bilan du gouvernement fédéral après un an de fonctionnement, et notamment concernant le virage fiscal.

"Je crois qu’ils ont pris une décision courageuse. Ça a été un gouvernement à risques, sans précédent sous différents aspects. Après un an, je crois qu’ils ont pris des mesures qui vont dans le bon sens, et sur le plan budgétaire, et sur le plan de la compétitivité des entreprises, ils ont évité beaucoup d’écueils communautaires, ils ont donné une certaine stabilité au pays, je crois qu’après une année le bilan est globalement positif", a déclaré Herman Van Rompuy.

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