Donald Tusk: l'Europe ne doit pas tomber dans un "chantage" aux migrants

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu aux côtés de Donald Tusk le 18 mars 2016.
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu aux côtés de Donald Tusk le 18 mars 2016. - © THIERRY CHARLIER - AFP

L'Europe doit protéger ses frontières si elle ne veut pas être soumise au "chantage" de pays voisins, a estimé le président du Conseil européen Donald Tusk dans une tribune publiée vendredi, à la veille d'une visite en Turquie.

"Personne ne va protéger nos frontières à notre place. On ne peut remettre les clés de notre territoire" à des pays tiers, écrit-il dans le quotidien français Le Figaro. "Cela vaut pour la Turquie comme pour les Etats d'Afrique du Nord."

"Notre impuissance susciterait la tentation de faire chanter l'Europe", met en garde Donald Tusk, qui doit se rendre dans la ville de Gaziantep (sud) avec la chancelière allemande Angela Merkel dans le cadre du suivi de l'accord UE-Turquie sur les migrants.

"Fixer des limites claires à ses concessions"

Cet accord prévoit le renvoi vers la Turquie des migrants arrivant de manière irrégulière sur les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile. En contrepartie, pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, l'UE accepte d'en "réinstaller" un autre depuis la Turquie, dans la limite de 72 000.

Pour le président du Conseil, cet accord "montre que l'Europe doit fixer des limites claires à ses concessions. On peut négocier sur de l'argent, mais jamais sur nos valeurs."

"Nos libertés, y compris la liberté d'expression ne feront l'objet d'aucun marchandage politique avec quelque partenaire que ce soit. Ce message doit être également entendu par le président Erdogan", insiste Donald Tusk.

L'accord UE-Turquie, pas un "modèle universel applicable aux autres voix d'immigration"

La Turquie a demandé des poursuites après deux satires télévisées allemandes visant le président Recep Tayyip Erdogan. La chancelière a autorisé la possibilité de poursuites pénales contre le satiriste ayant dépeint Erdogan en zoophile, tout en annonçant vouloir supprimer la disposition permettant une telle procédure.

L'accord UE-Turquie ne peut pas servir de "modèle universel applicable aux autres voix d'immigration, y compris la route de la Méditerranée centrale. La Libye n'est pas la Turquie", relève encore Donald Tusk. Pour lui, "l'Europe doit aussi appuyer l'Italie dans son action contre les passeurs, ce qui exigera vraisemblablement une implication plus grande en Libye."

Les départs de Libye, et dans une moindre mesure d'Egypte, enregistrent une forte progression depuis quelques semaines, comme chaque année à cette saison. L'Italie redoute aussi que l'accord UE-Ankara coupant la route des Balkans pousse les migrants à emprunter davantage cette voie.

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