Asile: "Tout enfermement, même de courte durée, est traumatisant pour l'enfant"

François De Smet, directeur de Myria
François De Smet, directeur de Myria - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Le secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) va faire construire des logements fermés pour les familles en attente de rapatriement, à proximité du centre 127bis, à Steenokkerzeel. Interrogé par la RTBF, le directeur de Myria (Centre fédéral Migration) François De Smet rappelle que, même si c'est "un recul en matière de droits fondamentaux et de droits des enfants", ce projet figurait dans la déclaration gouvernementale. "Jusqu'en 2008, tous les gouvernements ont enfermé des familles avec enfants dans des centres fermés, cela a même entraîné des condamnations de la Belgique par la Cour européenne des droits de l'Homme (pas pour le principe même de l'enfermement des enfants, mais pour des traitements qui ont été jugés inhumains et dégradants)".

En 2008, Annemie Turtelboom (Open Vld), alors en charge de l'Asile, a créé 25 "maisons de retour", où sont placées des familles dans un système non carcéral. Ce système est remis en cause par Theo Francken, car une partie de ces familles (un tiers d'entre elles en 2015) s'évanouissent dans la nature lorsque l'expulsion devient imminente. Pour François De Smet, "cela paraît insuffisant de dire que le système ne marche pas puis qu'il y a quand même deux tiers de ces familles qui finissent par quitter le territoire. Puisqu'il y a ces alternatives que sont ces maisons de retour ou d'autres mesures telles que la résidence, nous pensons qu'il eut mieux fallu investir des moyens dans ces alternatives plutôt que d'acheter un terrain en bordure de l'aéroport, construire des préfabriqués et engager des gens pour gérer cela".

"Une cage dorée reste une cage"

Puisque, à de rares exceptions près, la Belgique ne plaçait plus de familles en centre fermé, elle était devenue "plutôt un bon élève" par rapport aux pays limitrophes. Le projet gouvernemental constitue donc "un retour en arrière", juge François De Smet: même si c'est dans des unités d'habitation, avec cuisine et chambre séparée pour les enfants, "il y a toujours une détention et une cage dorée reste une cage. Les spécialistes de l'enfance et les institutions internationales répètent qu'un enfermement, même de courte durée, est d'office traumatisant pour l'enfant". Myria plaide pour une interdiction pure et simple de l'enfermement des familles avec enfants, et un investissement sur les alternatives.

"La crise de l'asile n'est pas terminée"

La crise de l'accueil (le déséquilibre entre le nombre de demandeurs d'asile et les places d'accueil qui sont disponibles) est stabilisée, confirme François De Smet. Mais pas la crise de l'asile : "Il y a toujours la guerre en Syrie et en Irak, il y a toujours des gens qui ont de très bonnes raisons de partir de chez eux, mais ils n'arrivent plus jusqu'ici parce que l'Europe a réussi à couper la route, d'une part en fermant la frontière des Balkans entre la Grèce et les autres pays, et d'autre part par le deal avec la Turquie. Le nombre d'arrivées depuis la Grèce a diminué, mais le nombre d'arrivées depuis l'Italie a augmenté. Et surtout, il y a plus de 4700 morts en Méditerranée : c'est 1000 de plus que l'année passée".

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