Amnesty sur l'accord UE-Turquie: "C'est comme si on avait envoyé les Juifs en Autriche en 37"

Amnesty dénonce le futur accord entre UE et Turquie sur la crise des réfugiés
Amnesty dénonce le futur accord entre UE et Turquie sur la crise des réfugiés - © FILIP DE SMET - BELGA

Ce jeudi, les dirigeants européens et turc se retrouvent à Bruxelles pour tenter de trouver un accord sur le règlement de la crise migratoire. Un futur accord que plusieurs organisations dénoncent.

Amnesty International a remis une pétition de 22 000 signatures au Premier ministre Charles Michel pour qu’il favorise des voies migratoires sûres et légales pour les réfugiés.

Une action de soutien aux droits des réfugiés se déroulera également en marge du sommet européen ce jeudi : des militants en gilets de sauvetage demanderont à leurs chefs d'État et de gouvernement, ainsi qu’au Conseil européen, de ne pas soutenir l'accord avec la Turquie.

Cette action s'inscrit dans une mobilisation plus large, les "European black days". Ainsi 500 personnes se sont déjà rassemblées mercredi soir au rond-point Schuman, à l'appel de plusieurs organisations, dont Amnesty.

Philippe Hensmans, directeur de la section francophone d'Amnesty International, était ce matin interrogé dans Matin Première. Il explique pourquoi ce futur accord avec la Turquie est jugé "illégal" par les organisations.

La Turquie ne respecte pas les droits de l'Homme

"C'est un immense bricolage, très cynique. On considère que la Turquie est un pays sûr. Quand nous disons qu'ils ne respectent pas les droits de l'Homme, de la presse, etc, ils nous répondent que ce n'est pas la question, que cela ne concerne pas les réfugiés... Mais ils doivent quand même respecter les conventions de Genève... Or la Turquie n'accorde pas le droit d'asile à des non-européens. Théoriquement ils ne peuvent pas reconnaître des Syriens comme réfugiés. 90% des personnes qui se retrouvent sur le territoire turc aujourd'hui, qui viennent de Syrie, ne vivent pas dans des camps et n'ont pas accès aux services de base. Et il y a des enfants. Des personnes sont maltraitées. Et pire encore, certaines sont refoulées. La Turquie ne correspond pas à un pays sûr pour le droit d'asile", assène-t-il.

Et de faire une comparaison historique: "C'est comme si on avait dit aux Juifs en 37, allez en Autriche, c'est un pays sûr. Aujourd'hui on veut se débarrasser d'un maximum de réfugiés".

J'ai écrit à Erdogan pour lui dire qu'il allait se faire piéger

Philippe Hensmans pense d'ailleurs que la Turquie va se faire piéger. "J'ai écrit à Erdogan pour lui dire qu'il allait se faire piéger: les Européens ne reprendront pas les réfugiés promis... On a bien vu ce que les tentatives de relocalisation donnaient..."

Pour lui, l'objectif des Européens d'offrir des voies sûres aux réfugiés ne sera sûrement pas rempli. "Le business model des passeurs, on va le favoriser, en rendant les routes plus compliquées, par la Libye, qui est aux mains de l'EI".

Le directeur d'Amnesty regrette que les dirigeants européens soutiennent cet accord, même s'ils reconnaissent eux-mêmes que c'est un "bricolage". "La seule solution apportée par les Européens c'est, comme je l'ai entendu au cabinet Francken, de dire que 'ce n'est pas nous qui disons que la Turquie est un pays sûr, c'est la Grèce'. Et par ailleurs, ils affirment qu'ils vont donner de l'argent à la Turquie pour que l'accueil soit respectueux..."

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