Victimes de discrimination, les Belgo-Marocains de 2e et 3e générations sont démoralisés

Victimes de discrimination, les Belgo-Marocains de 2e et 3e générations sont démoralisés
Victimes de discrimination, les Belgo-Marocains de 2e et 3e générations sont démoralisés - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Les Belgo-Marocains des deuxième et troisième générations se sentent plus marocains que belges, ont moins souvent un travail et se disent plus souvent victimes de discrimination. Le fait d'être né en Belgique a un impact négatif sur leur sentiment d'identification à la Belgique et à ses valeurs, et sur leur participation à la vie politique. Les espoirs déçus engendrent chez eux de la frustration et du repli sur soi, ressort-il d'une enquête de la Fondation Roi Baudouin publiée mardi.

Dans le cadre du rapport 'Belgo-Marocains et Belgo-Turcs: (auto)portrait de nos concitoyens', 700 Belges d'origine turque et marocaine ont été interrogés par des chercheurs de l'ULB et de la VUB afin d'en établir un profil socio-démographique.

Les chercheurs se sont notamment intéressés à la place de l'islam en Belgique et à l'interaction entre intégration et religiosité.

L'étude a mis au jour des effets tant positifs que négatifs à leur intégration. Les revenus des Belgo-Marocains et des Belgo-Turcs ont, dans l'ensemble, augmenté depuis 2007 et 2009, années où des enquêtes similaires avaient déjà été publiées. Un quart de nos concitoyens d'origine marocaine gagne ainsi moins de 1500 euros par mois, contre 46% il y a six ans. Un Belgo-Turc sur cinq appartient à la classe salariale la plus basse, pour 34% en 2007.

Les valeurs de la société belge en matière de démocratie, de liberté d'expression, d'égalité hommes-femmes et de séparation entre la religion et l'Etat sont partagées dans l'ensemble par nos concitoyens aux origines turque ou marocaine. Pour les questions liées à la sexualité et l'euthanasie, les opinions divergent en revanche, 60% d'entre eux les trouvant injustifiées.

L'identité musulmane est fière et fortement investie. Mais la pratique religieuse -de plus en plus individualisée et parfois "bricolée"- n'aurait, apparemment, pas d'impact sur les indicateurs socioéconomiques, les facteurs d'inclusion dans la société et les questions identitaires.

Les répondants se heurtent encore souvent à des discriminations, en particulier dans le cadre de l'emploi. Le chômage et le racisme représentent les problèmes les plus importants auxquels ils sont confrontés en Belgique.

Les Belgo-Marocains de deuxième et troisième générations n'ont pas le moral, se sentent plus marocains que belges, ont moins souvent un travail et se disent plus souvent victimes de discrimination, même lorsqu'ils sont détenteurs d'un diplôme de l'enseignement supérieur. Ce qui engendre de la frustration et un repli sur soi. Selon Ilke Adams, chercheuse à la VUB qui a co-dirigé cette étude, cela démontre que l'enseignement et la langue ne sont plus les seuls facteurs déterminants pour l'intégration.

Chez nos concitoyens d'origine turque, ce constat se manifeste moins fortement car la mobilité sociale au sein-même de cette communauté est plus facile.

Les politiques d'intégration et les discours liés à l'immigration ne sont, de plus, pas identiques dans les différentes régions du pays. Habiter en Flandre a dès lors un impact positif sur l'activité sur le marché de l'emploi, tandis que vivre dans la capitale ou en Wallonie entraîne une identification plus grande avec la Belgique.

Les répondants qui habitent au nord du pays s'intéressent à la vie associative, tandis que ceux qui vivent dans le sud ont davantage de contacts avec les administrations ou les élus. Par ailleurs, l'enquête a mis en évidence un intérêt accru pour la vie politique belge.

Les chercheurs remarquent que la connaissance du français est plus élevée en Wallonie et à Bruxelles, tout comme la chance de décrocher un diplôme dans l'enseignement supérieur. Un constat qui n'est pas surprenant pour les Belgo-Marocains en raison de leur lien avec la France, mais qui l'est davantage en ce qui concerne les Belges d'origine turque, selon Ilke Adams.

La moindre intégration en Flandre est d'autant plus frappante que celle-ci a libéré de conséquents moyens financiers dans ce but. La politisation du débat sur l'intégration au nord du pays n'est sans doute pas étrangère à ce niveau de participation à la vie politique moins important.

Belga

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