"Bruxelloise et voilée", la page Facebook qui vise à émanciper

Page Facebook Bruxelloise et voilée
Page Facebook Bruxelloise et voilée - © Capture d'écran Facebook RTBF

Bruxelles est plurielle, bigarrée. Les statistiques le prouvent, la population en Région bruxelloise est composée à 75% de personnes d'origine étrangère. La présence des institutions européennes n'est évidemment pas étrangère à ces données.

Depuis le 8 mars 2015, une page Facebook met en lumière les Bruxelloises qui ont opté pour le port du voile à travers une série de vidéo-témoignages. A la baguette Ihsane Haouach, 30 ans, diplômée de Solvay, auteur de pièces de théâtre sur la condition sociale des minorités pour l'association Ras El Hanout et présidente de l'asbl TYN, Talented Youth Network qui a pour but de développer les talents des jeunes dans leur diversité. A ses côtés et derrière la caméra Mohamed Ouachen, réalisateur et comédien de profession.

"On avait envie de donner la voix à ces filles qui portent le hijab et qui sont assez stigmatisées pour le moment", explique Ihsane Haouach. "On voulait utiliser l'art et la culture pour lutter contre ces stéréotypes et montrer que les femmes qui portent le voile ne sont pas différentes des autres. Parmi elles, il y a une importante diversité également et il ne faut pas les mettre dans une case."

La première vidéo a été mise en ligne à l'occasion de la journée internationale des droits de la femme (le 8 mars), et depuis le 8 de chaque mois, une nouvelle vidéo est publiée sur la page Facebook. L'initiatrice du projet s'est également exposée en étant la première témoin, partageant ainsi sa vision de Bruxelles, "une ville riche de ses cultures".

Huit vidéos plus tard, le succès est au rendez-vous pour le duo bruxellois. Chaque vidéo est vue quelque trois mille fois. Ihsane Haouach se dit positivement étonnée par le succès de son initiative. Les réactions ont été positives dans l'ensemble, précise-t-elle.

Éviter de justifier le port du voile

Dans les différents témoignages, il est finalement peu question du hijab malgré "les demandes de personnes qui veulent savoir pourquoi ces femmes le portent". Pourquoi? "Nous voulons éviter la logique de justification, c'est un choix personnel. Il n'est pas nécessaire de connaître les raisons de ce choix pour les respecter. Nous voulons montrer qui elles sont. Elles ont certes un dénominateur commun mais au-delà de ça, elles sont toutes différentes."

Chacune nous emmène dans un coin de Bruxelles qui leur tient à coeur. Ainsi, la jeune publiciste Wahiba Yachou a tenu à nous inviter à l'Agoraspace de Schaerbeek, lieu de détente et petit temple du street art où deux graffeurs ont pu exprimer leur talent:

Le témoignage en guise d'émancipation

"En faisant ces vidéos, nous avons un autre objectif", concède la tête pensante du projet, "nous voulons permettre à nos témoins, majoritairement jeunes, de s'assumer. Puisqu'elles vont être vues trois à quatre mille fois, cela a en quelque sorte un effet curateur. C'est très intéressant en terme d'émancipation."

Trop souvent, le voile continue de s'ériger en une frontière invisible. Pour Ihsane Haouach, deux domaines restent problématiques: "Les difficultés viennent d'autrui et des règles que l'on peut s'imposer. En terme d'éducation, il y a clairement un souci. Certaines étudiantes doivent changer d'établissement car elles souhaitent conserver le voile et qu'on leur interdit. Il y a donc une certaine discrimination au niveau de l'éducation, c'est assez grave parce que l'éducation est déterminante pour notre futur. Et je ne parle pas des personnes qui s'arrêtent d'étudier car elles sont refusées partout. Sous prétexte de l'émancipation de la femme, on la prive de quelque chose de crucial dans la vie."

Le problème se pose de la même manière en ce qui concerne l'accès à l'emploi, dit-elle encore. "Les jeunes femmes deviendraient alors dépendantes de leur mari. Si elles sont victimes de quelque chose, c'est plutôt du système discriminatoire mis en place plutôt que de la gente masculine comme on aime bien le véhiculer."

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