Joëlle Milquet: "Que tout le monde se calme, on arrête les noms d'oiseaux et on bosse!"

Joëlle Milquet: "Que tout le monde se calme, on arrête les noms d'oiseaux et on bosse"
Joëlle Milquet: "Que tout le monde se calme, on arrête les noms d'oiseaux et on bosse" - © Tous droits réservés

"Je n'ai jamais vu un paysage francophone aussi fracassé. Je n'ai jamais vu des échanges aussi agressifs, d'une violence que je trouve inacceptable."

Postée en observatrice, terrée dans un relatif silence depuis le début de la crise francophone déclenchée il y a plus de deux mois par Benoît Lutgen, l'ex-présidente du cdH Joëlle Milquet (cdH) veut désormais "siffler la fin de la crise".

Qu'il s'agisse du pacte d'excellence ou du système d'allocations familiales à Bruxelles, les défis sont, dit-elle, nombreux et "il est temps de lancer un appel au calme", a-t-elle déclaré ce mardi au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première.

"Délitement des codes minimaux de dignité entre politiques"

"Je n'ai pas l'habitude de jouer les belles-mères. Il y a un président de parti. J'estimais ne pas avoir à m'exprimer. Ce que j'avais à dire, je le faisais à l'interne de mon parti. Mais maintenant que l'on voit clair sur l'issue de la crise (…), je pense qu'il est temps de lancer un appel (…) à une trêve politique."

Car, malgré sa longue carrière politique – "J'ai commencé en 1995" – et les crises institutionnelles qu'elle a pu vivre, Joëlle Milquet se dit "atterrée" et explique n'avoir "jamais assisté à un (tel) délitement des codes minimaux de dignité entre responsables politiques".

"Nous sommes pour le moment dans une sorte de rabaissement du débat politique: où sont les idées ? Où sont les projets ?", se demande la conseillère communale de la Ville de Bruxelles.

Le cdH se cramponne... au nom de "l'intérêt général"

Joëlle Milquet "veut que les choses rentrent dans l'ordre". Au plus vite. "Que l'on fasse tourner les institutions. Que l'on privilégie l'intérêt général."

Sauf qu'à Bruxelles et du côté de la Communauté française, rien n'a bougé depuis la crise.

Le PS est toujours à la barre. Le cdH n'a pas non plus quitté le navire. Et tout ce beau monde doit travailler au milieu d'une mer qu'ils ont eux-mêmes déchaînée.

Mais, de l'avis de Joëlle Milquet, cela aurait été irresponsable pour les humanistes de se jeter à l'eau : "Si le cdH avait démissionné, cela voulait dire que l'on imposait aux citoyens une paralysie complète à la fois en Fédération Wallonie-Bruxelles et à Bruxelles, parce qu'alors il n'y a plus de gouvernement, nous ne sommes qu'en affaires courantes, et c'est contraire au sens des responsabilités et de l'intérêt général".

L'humaniste l'assure : "Cela n'a rien à voir avec 'le pouvoir pour le pouvoir'". Le cdH se cramponne. Mais pour le bien de tous. Et le fameux "appel du 19 juin" du président centriste Benoît Lutgen n'est pas pour autant un échec.

Les francophones déchirés, "un cadeau offert à la N-VA"

"Nous devons, je pense, éviter le syndrome de la IVème République (qui en France, après la Seconde Guerre mondiale, a été marquée par une instabilité politique et une absence de majorité claire, ndlr). On ne va pas pendant 18 mois avoir un chaos complet avec de la flibusterie sans aucune organisation minimale."

"Dans la mesure où, faute d'accord des autres, il n'y a pas de majorité alternative et qu'il faut dès lors faire tourner les gouvernements, il faut le faire correctement. Que tout le monde se calme, qu'on arrête les noms d'oiseaux et qu'on bosse ! C'est tout ce que je demande."

L'ex-présidente du cdH dit par ailleurs craindre "ce monde politique francophone qui se déchire", une "division" dont ne peuvent que "se réjouir" les nationalistes flamands: "C'est un cadeau offert à la N-VA". Les élections de 2019 risquent, dit-elle, de s'accompagner de "revendications communautaires" face auxquelles "il faut revenir à "une "union des francophones".

Prochaines élections ? "Je préfère passer mon tour"

L'appel à la raison qu'elle lance ce mardi s'accompagne aussi d'une décision personnelle. Comme elle l'a également annoncé dans les colonnes du journal Le Soir, Joëlle Milquet ne se représentera pas aux élections communales.

"J'ai décidé, par respect pour les électeurs bruxellois, que je m'appliquais à moi-même la logique du mandat unique. Comme je suis davantage une fédérale ou une européenne, (…) je n'ai pas envie d'aller me présenter à une élection pour faire croire que je suis candidate-bourgmestre alors que je ne le suis pas", résume-t-elle.

"Mon choix, ce sera plutôt, le cas échéant, d'exercer un mandat électif au niveau national ou européen. Ou bien de me consacrer à d'autres projets. Car l'on peut faire de la politique de différentes manières. Je trouve donc cela plus sain de ne pas se présenter à un autre scrutin."

Car, elle le reconnaît, tant que les noms d'oiseaux voleront, que l'union francophone ne sera pas et tant que les gouvernements ne se seront pas remis au travail dans une atmosphère plus sereine, elle ne s'estime "pas en phase avec l'évolution du paysage politique francophone, ni ses méthodes, ses pratiques du moment".

Alors, la décision de Joëlle Milquet est prise : "Je préfère franchement 'passer ce tour' par respect aussi de l'électeur".

Jusqu'au tour suivant sans doute.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK