Réchauffement climatique : les COP sont-elles inutiles ?

La COP26 à Glasgow s’est achevée sur un bilan largement considéré comme décevant. Le président de la COP lui-même n’a pu retenir ses larmes au vu des maigres résultats engrangés lors de cette conférence. Du coup, Déclic s’est demandé si ces COP étaient vraiment utiles…

De quoi douter…

Si l’on regarde le bilan de cette COP et des précédentes, il y a de quoi douter de l’efficacité de ces grandes conférences diplomatiques annuelles. À Paris, en 2015, les états signataires promettaient de réduire leurs émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°. Pourtant, depuis lors, les émissions de GES ont continué à augmenter et la plupart des estimations annoncent de nouveaux records en 2023, une fois la crise COVID dépassée.

Des déclarations plutôt que des traités

À y regarder de plus près, les résultats des dernières COP ont même un côté schizophrénique. Les déclarations affirment et réaffirment des objectifs ambitieux (contenir le réchauffement entre 1,5° et 2°) mais les actes annoncés par les états ne permettent pas de les respecter, quand bien même ils se tiendraient scrupuleusement à leurs promesses, ce qui n’est pas garanti, non plus.  

Cela tient notamment à la nature de ces dernières conférences internationales qui n’ont pas pour but de négocier des traités contraignants mais bien d'aboutir à des déclarations communes. En clair, au terme d’une COP comme celle de Glasgow, les états s’engagent par des mots mais leurs promesses ne sont pas bétonnées dans des textes contraignants, avec force de loi. Il n’y a pas non plus de contrôleur chargé de vérifier le respect de ces promesses.

Un changement de méthode

Pour Nicolas Van Nuffel, porte-parole de la coalition climat en Belgique, cette évolution vers des COP qui se soldent par des déclarations d’intentions résulte d’un principe de réalité. "Jusqu’à la COP de Lima et celle de Paris, les Etats essayaient de négocier des engagements contraignants, répartis entre eux. Mais ces interminables négociations se sont terminées par des échecs cuisants, notamment à Copenhague en 2009. C’est pour cela que les COP 20 (Lima) et 21 (Paris) ont choisi une autre méthodologie, basée sur les engagement volontaires". Désormais le principe est le suivant : chaque Etat doit annoncer, en prélude à la COP, ce qu’il est prêt à faire pour s’inscrire dans les balises de l’accord de Paris. C’est sur base de cela que les discussions s’engagent ensuite pour aboutir à une nouvelle déclaration, comme celle - décevante - de ce samedi soir, à Glasgow.

Mieux que rien…

Pour le Philosophe du Droit de l’ULB, Benoît Frydman, "c’est évident que ce modèle n’est pas efficace !". Selon lui, pour avancer vraiment il faudrait plutôt s’inspirer du modèle choisi par l’Union Européenne pour son Green Deal "avec des objectifs communs, une ventilation de l’efforts entre les différents états, un marché de carbone fixant un vrai prix élevé pour la tonne de CO2…".

Sauf que, dans l’état actuel des tensions et des conflits charriés par notre monde multipolaire, mettre en place un tel système à l’échelle du monde semble tout bonnement irréaliste "d’ailleurs la plupart des systèmes de gouvernance multilatéraux sont en panne : que ce soit sur le commerce, les vaccins, sur la régulation des GAFAM…", ajoute encore Benoît Frydman.

"Plutôt que des lieux de négociations, les COP sont devenues des lieux d’émulation, c’est déjà ça !", estime Nicolas Van Nuffel, "ce n’est peut-être pas le meilleur modèle, mais c’est le seul qu’on a pu construire dans notre monde multipolaire et, vu l’urgence, on n’a pas le temps d’en construire un autre". On peut encore pointer le fait que ces moments de grands rendez-vous internationaux obligent aussi les chefs d’états et de gouvernements à se positionner, sous le regard attentif des scientifiques, de la société civile et des ONG, qui peuvent ainsi mettre la pression pour le respect des engagements.

 

Explications plus détaillées et complète dans la vidéo ci-dessus. Extrait de Déclic, votre nouveau Talk-Info, chaque soir à 17H sur La Première et à 19H sur La Trois, en télé.

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