COP26 : le changement climatique menace de faire disparaître le troisième plus grand lac de Hongrie

Le réchauffement climatique menace l’existence d’un lac en Hongrie. Le niveau du lac de Velence, le troisième plus grand du pays, baisse dangereusement. Sa température a grimpé de 1,5 °C en 50 ans. Sa surface rétrécit comme peau de chagrin : 23 kilomètres carrés selon les estimations les pessimistes, contre 28 kilomètres carrés il y a peu encore. Ce lac naturel, avec ses roselières qui abritent une centaine d’espèces d’oiseaux, mais aussi avec des dizaines de variétés de poissons, a perdu la moitié de son eau suite à deux longs étés très secs et caniculaires et prend l’aspect d’un marécage par endroits.

12 images
Par endroits, l’eau du lac de Velence s’est totalement retirée © JFH RTBF

Les touristes désertent ses plages où il est devenu impossible de se baigner et encore plus de nager : on a pied presque partout même en s’éloignant de plusieurs centaines de mètres du rivage.

En temps normal, ce lac a une profondeur de 1,50 m de moyenne, mais, aujourd’hui, il manque au moins 80 cm d’eau pour lui conserver son niveau optimal.

La navigation est compliquée voire impossible. Les roseaux qui couvrent un tiers du lac n’ont plus les pieds dans l’eau.

Faute de nourriture, les oiseaux s’envolent ailleurs. Botulisme, salmonelle, manque d’oxygène…

Des milliers de poissons ont péri : 15 tonnes de perches, de carpes, de gardons, de brochets, d’ablettes ont été retirées par les services communaux et des bénévoles. Les pêcheurs désespèrent.

Des phénomènes d’assèchement qui se multiplient

Les prises se font rares dans ce lac peu profond. Imre Pal Palinkas, de l’Association nationale hongroise des pêcheurs, explique que "c’est difficile pour les pêcheurs dans ces conditions, parce que les poissons se cachent. A cause du faible niveau d’eau, on a suspendu par prudence le rempoissonnement".

L’eau du lac peut atteindre les 26 à 28 °C l’été. C’est un des plus chauds d’Europe.

Son eau est de plus très minéralisée, avec beaucoup de sodium et de magnésium et réputée pour ses bains régénérants contre les rhumatismes. Mais avec l’évaporation, aujourd’hui, ces minéraux se concentrent, et le pH élevé tue les poissons.

"Fort heureusement, le lac n’est pas encore totalement à sec, mais il est vrai qu’il manque beaucoup d’eau. Ces trois derniers hivers, il y a eu un manque significatif de pluie, raconte Imre Pal Palinkas. Ce manque de précipitations est essentiellement dû au changement climatique et aux conditions météo."

Au cours de l’histoire, le lac s’est déjà asséché à plusieurs reprises. Comme entre 1863 et 1866, lorsque dans le lit du lac complètement à sec, les hussards ont pu se livrer à leurs exercices à cheval. On y a cultivé le maïs… Et en 1870, l’eau est revenue.

Mais cette fois, les réservoirs qui l’alimentent manquent eux aussi d’eau et sa qualité n’est pas bonne pour la faune : elle est trop karstique et contient trop de matières organiques, trop de chlorophylle.

"Le plus grand danger c’est que ces phénomènes se sont multipliés ces dernières décennies", conclut Imre Pal Palinkas.

Des chaleurs irréalistes !

Depuis plusieurs années, des activistes tirent le signal d’alarme. Cet été, ils ont organisé une action symbolique qui montre tout leur désespoir : ils ont entrepris, tels des Sisyphes modernes, de remplir le lac à l’aide du contenu de bouteilles d’eau. Cent malheureux litres pour illustrer l’énormité du défi…

Balázs Strobl se définit comme un citoyen activiste. Il pointe le manque de pluie dans la région et estime aussi que ce sont les phénomènes météorologiques extrêmes dus au changement climatique qui ont causé ces problèmes : "Il y a eu des chaleurs irréalistes ! C’est ce qui a mené à la disparition des poissons".

Cet été, Balázs Strobl a constaté que les poissons s’agitaient de manière inhabituelle à la surface. On appelle cela le phénomène de crapautage, comme si les poissons cherchaient à aspirer de l’air à la surface, comme s’ils fumaient la pipe.

Des signes qui ne trompent pas : cela signifie qu’ils manquaient d’oxygène. L’homme a participé au ramassage des carcasses de poissons cet été, mais aujourd’hui il s’interroge : que faire à part les danses de la pluie ?

Balázs Strobl espère un soutien de grande ampleur du gouvernement, mais pour l’instant rien ne bouge…


Bétonisation à outrance

Les canicules à répétition – 40° cet été – ne sont pas seules en cause. Depuis les années 1970, le bétonnage des rives pour développer le tourisme, la construction pendant la période socialiste d’infrastructures de vacances à l’architecture brutaliste désormais à l’abandon, puis, dans les années 2000, d’un complexe hôtelier de luxe, d’une autoroute, de digues, de ports, ont bouché les vallons naturels. L’eau de pluie ne peut plus s’écouler naturellement vers le lac. Et cela prive aussi le lac des roseaux qui assurent la purification de ses eaux.

Résultat, à la place d’une eau claire, le lac devient de plus en plus trouble, boueux et vaseux.

12 images
Des rivages abandonnés par les eaux © DR

De plus, la petite rivière et le canal qui l’approvisionnent en eau manquent d’entretien. Les écluses fuient. Un des réservoirs qui garantit l’approvisionnement en eau n’a plus été dragué depuis 50 ans. Le réseau de drainage imaginé dans les années 1970 ne fonctionne plus correctement.

La tentative de réapprovisionnement en eau du lac de Velence lancée a rapidement été stoppée, vu la mauvaise qualité de l’eau du réservoir.

Les élus locaux se sentent démunis. Péter Farago, conseiller communal indépendant à Velence, ne peut que déplorer la situation : "On ne peut pas envisager de solution de réapprovisionnement naturel du lac car les réserves ont fondu comme neige au soleil. Donc il faudrait un réapprovisionnement artificiel. C’est extrêmement coûteux…".

L’idée d’un canal amenant l’eau du Danube vers le lac semble difficile à réaliser, vu les frais faramineux que cela entraînerait. "Aucune commune autour du lac n’a les moyens de mener un tel projet à bien. Cela ne peut être réglé que par le gouvernement."

Mais le gouvernement Orban met ses priorités ailleurs. Les budgets pour sauver le lac ont été refusés : 40 milliards de forints, soit 112 millions d’euros. Il faut d’abord relancer l’économie après la crise du Covid. Le tourisme et l’agriculture passent avant l’environnement.

A quelques mois des élections de 2022, l’opposition, en la personne de Judit Rácz Földi de la Coalition démocratique DK, s’insurge et critique les dépenses du gouvernement qui bétonne les rives du lac avec les fonds européens destinés à l’environnement alors que "le lac de Velence meurt". Le bourgmestre écologiste de Budapest Gergely Karacsony proteste lui aussi.

 

Un problème ancien

Arpad Feher tient un blog sur le lac de Velence qu’il chérit depuis son enfance. Il confirme que le changement climatique pourrait avoir un rôle significatif dans l’évolution du lac et en redoute les conséquences : "Si le lac disparaissait, Velence perdrait sa qualité de vie et une partie des bienfaits de sa modernisation".

Le problème ne date pas d’hier, rappelle le blogueur : le manque d’entretien et de rénovation des infrastructures traîne depuis 30 ans, le gouvernement actuel n’a pas réagi, mais c’est aussi la responsabilité des gouvernements précédents, explique-t-il.

Certains s’interrogent sur la stratégie de bétonisation des lacs en Hongrie : le Balaton, voisin, ne risque-t-il pas de connaître le même sort ? Son niveau a aussi baissé ces dernières années. Il était presque à sec en 2012. Arpad Feher ne le pense pas, mais il s’inquiète pour un autre lac, situé à cheval sur la frontière avec l’Autriche, le Fertö (Neusiedlersee) également menacé par la bétonisation et le développement touristique à outrance.

12 images
Le niveau de l’eau a baissé laissant apparaître des roseaux plus assez immergés © JFH RTBF
12 images
Des tonnes de poissons morts ont été retirées du lac de Velence © DR
12 images
Il manque au moins 80 cm d’eau © Kolár László

Extrait du JT du 7 novembre 2021

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK