Un accord historique et universel à la COP21

Accord de la COP21: un texte "différencié et durable" qui vise les 1,5°C
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Accord de la COP21: un texte "différencié et durable" qui vise les 1,5°C - © MIGUEL MEDINA - AFP

Après 14 jours de gestation, l'accord COP21 pour limiter le réchauffement climatique est né. Les 195 délégations ont adopté le nouveau-né, qui a pointé le bout de son nez avec une journée de retard.

C'est avec une voix un peu cassée que Laurent Fabius a pris la parole à la séance plénière, après près de deux heures de retard. Après avoir laissé la parole à la délégation juridique, il a enfin prononcé la phrase tant attendue: "L'accord de la 21ème conférence pour le climat est adopté". Il a ajouté: "C'est un petit marteau, mais je pense qu'il peut faire de grandes choses" désignant le marteau qui sert a sceller l'accord.

Un projet d'accord final pour lutter contre le réchauffement de la planète a été finalisé dans la nuit de vendredi à samedi, présenté samedi à 11h30 aux délégués des 195 pays de la conférence de l'ONU et enfin adopté à 19h30. Un accord relativement bien accueilli par les associations environnementales, qui soulignent son côté ambitieux mais rappellent que c'est dans surtout sa mise en oeuvre que les efforts devront être ambitieux.

Un accord différencié et juridiquement contraignant

"Le texte constitue le meilleur équilibre possible, à la fois puissant et délicat, qui permettra à chaque délégation de rentrer chez soi la tête haute et avec des acquis importants" a déclaré Laurent Fabius à l'ensemble des délégations. "Aujourd'hui nous sommes proches de l'issue du processus. Nous sommes parvenus à un projet d'accord amitieux et équilibre qui reflète les positions des différentes parties. L'accord est différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant." a ajouté le ministre français des Affaires étrangères. "Il s'agit de montrer au monde que notre effort collectif vaut plus que la somme des efforts individuels"

L'émotion était palpable, le président de la COP21 a été à un moment au bord des larmes, lors de ses remerciements aux nombreuses personnes ayant permis la naissance de l'accord. Son discours a été ponctué de nombreux applaudissements.

Prenant la parole après son ministre, le président François Hollande a rappelé que cette journée pouvait être un tournant historique et exhorte les pays à accepter cet accord. "L'histoire arrive, l'histoire est là. Toutes les conditions sont réunies et elles ne le seront plus pour longtemps. Il n'y aura pas de reports, de sursis possibles. Il ne tient qu'à vous seul, au nom de ce que vous représentez, d'en décider. Le 12 décembre 2015, peut-être un jour historique mais une grande date pour l'humanité. Une date qui sera un message de vie. Il est rare d'avoir dans une vie l'occasion de changer le monde. Saisissez la pour que vive la planète, vive l'humanité, et que vive la vie."

Le texte était disponible depuis 13h30.

Ce que prévoit l'accord

  • Un objectif de limitation de la hausse du mercure mondial "bien en-deçà" de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels et des efforts supplémentaires "pour limiter la hausse de la température à 1,5°C" au-dessus des niveaux de l'ère pré-industrielle.
  • Des objectifs à long terme visant à atteindre un "pic mondial" dans les émissions de gaz à effet de serre "aussi vite que possible" et à entreprendre dans la foulée des réductions rapides, en accord avec les meilleures connaissances scientifiques disponibles, afin d'atteindre "dans le courant de la seconde moitié du siècle" un équilibre entre émissions d'origine humaine et absorptions par des puits de carbone.
  • Un financement climatique post-2020 de la part des pays développés en faveur des pays en voie de développement qui atteint un plancher de 100 milliards de dollars et est orienté à la hausse. Ce financement répond à un équilibre entre atténuation et adaptation aux conséquences du réchauffement, avec un "rôle significatif des fonds publics". Il est également prévu que les autres pays "fournissent ou continuent à fournir" un support financier sur base volontaire.
  • Les parties à l'accord communiqueront tous les cinq ans leurs objectifs nationaux de réduction de gaz à effet de serre avec une volonté d'augmenter leurs efforts.
  • Un cycle de cinq de révision des efforts collectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre à partir de 2023, avec toutefois un premier rendez-vous sous la forme d'un "dialogue facilitatif" en 2018. Le Giec est également invité pour 2018 à remettre un rapport spécial sur les impacts d'un réchauffement climatique d'1,5°C.
  • Un chapitre consacré aux "pertes et préjudices" liés aux conséquences des changements climatiques. Il est cependant prévu que la reconnaissance de ces pertes et préjudices n'entraîne pas de responsabilité juridique ni de droit à des compensations.

Des réactions contrastées

La société civile était pessimiste quant à  "ce qui va être accordé à travers l'accord de Paris. Ce n'est pas à la hauteur de l'urgence climatique, nous avons des engagements climatiques qui nous mènent vers un réchauffement de 3°C, 3,5°C alors qu'il faudrait rester entre 2°C et 1,5°C. C'est l'échelle basse des ambitions qui va être validée et entérinée à travers cet accord de Paris" a déclaré Maxime Combe, porte-parole du groupe Attac, ce matin avant la présentation du texte. Une position que le groupe maintient: "A l'Etat d'urgence climatique, l’accord de Paris oppose un bricolage constitué de la somme des égoïsmes nationaux, aussi bien en matière de financements que d’objectifs de réduction des émissions" ont-ils déclaré dans un communiqué.

Mais le vent a semble-t-il un peu tourné, vu les premières réactions des mouvements écologistes sur la twittosphère. Martin Orphelin, de la Fondation Hulot, a déclaré que c'était un "bon accord pour le post-2020, mais qu'il fallait compléter le pré-2020".

L’injustice transpire dans ce texte.

"La roue de l'action tourne lentement mais à Paris, elle a tourné. Le texte place clairement l'industrie des énergies fossiles du mauvais côté de l'Histoire", a déclaré lors d'une conférence de presse le directeur de Greenpeace International, Kumi Naidoo. "Mais, a-t-il ajouté, l’injustice transpire dans ce texte. Les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’ aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique, qui sont déjà en train de perdre leurs moyens de subsistance et la vie. "
 

Les ONG Greenpeace et WWF saluent l'objectif repris dans le projet final d'accord climatique mondial. "Pour la première fois, l'ensemble des pays agiront pour freiner les émissions de gaz à effet de serre", réagit Greenpeace, évoquant une "bonne nouvelle". La mauvaise nouvelle, nuance l'ONG environnementale, c'est que "les plans nationaux en matière de climat, qui doivent transposer l'accord dans la pratique, accusent un retard désespérant".

"D'une part, il y a un objectif ambitieux mais de l'autre, on se trouve confrontés à des plans nationaux faibles qui doivent transposer l'accord de Paris dans la réalité. Avec les plans actuellement sur la table, le réchauffement sera de l'ordre de 3°C", souligne Juliette Boulet, responsable Climat à Greenpeace Belgique.

Un signal fort sans garantie pour les plus vulnérables

De son côté, le WWF parle d'un "signal fort" adressé aux gouvernements avec la référence à 1,5°C. Par contre, le fait qu'il n'y ait "pas de garantie d'assistance pour ceux qui souffriront des impacts climatiques immédiats, spécialement les pauvres et les vulnérables" est un gros problème aux yeux de l'association de protection de la vie sauvage. "L'accord contient des éléments qui créent l'opportunité de renforcer avec le temps les actions des gouvernements, en termes d'atténuation, d'adaptation et de financement. C'est essentiel", conclut le WWF.

L'ONG 350.org est, elle, beaucoup moins optimiste. "Tous les gouvernements semblent maintenant reconnaître que l’ère des énergies fossiles doit s’achever, et vite. Mais la puissance de l’industrie fossile transparaît dans le texte" explique Bill McKibben, cofondateur de l'ONG. May Boeve, sa directrice, va plus loin et cite trois points négatifs: "L’ exclusion de la mention sur les droits des peuples indigènes ; l’absence de financement pour les pertes et dommages ; et — alors que le texte reconnaît l’importance de maintenir le réchauffement sous 1,5 °C — le fait que les engagements actuels des pays conduisent toujours vers un réchauffement de 3 °C."

Brigitte Gloire, responsable de plaidoyer d’Oxfam-Solidarité, se désole "de voir que l'approche de neutralité d’émissions de gaz à effets de serre dans l’objectif à long terme ainsi que dans d'éventuels mécanismes de compensation appelés mécanismes de développement durable. Cet objectif très flou risque d’avoir des conséquences dramatiques via des choix d’utilisation des sols qui provoqueraient l’exode de populations entières. La quantité des terres nécessaires pour compenser les émissions provenant des énergies fossiles serait énorme."

Des milliers de personnes dans les rues de Paris

Plusieurs organisations environnementales ont prévu de tenir des manifestations ce samedi dans la capitale française, malgré l'état d'urgence. Dès 9h, Greenpeace a commencé à écrire les mots "Climate Justice (for) Peace" en lettres humaines "géolocalisées" dans la capitale. Le principe est que chaque manifestants se positionne en un endroit précis de la ville, s'y géolocalise et sa position apparaît sur une carte interactive. Ils prévoient aussi "d'envahir" les réseaux sociaux via le hastag #ClimateJusticePeace

A côté de l'Arc de Triomphe, une longue banderole de tissu rouge a été déployée tout le long de l'avenue de la Grande Armée par des manifestants portant des vêtements et accessoires rouges et tenant à la main une fleur ou un parapluie de la même couleur, a constaté une journaliste de l'AFP.

Cette banderole tenue à bout de bras est censée figurer une "ligne rouge" à ne pas franchir dans les négociations sur le climat, qui se sont achevées samedi au Bourget, près de Paris, sur un projet d'accord confirmant l'objectif "de contenir l'augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2 degrés" et de "s'efforcer" de la limiter à 1,5°.

A midi pile, une minute de silence en "hommage pour les victimes du réchauffement climatique" a été observée. Puis des cornes de brume ont retenti et une grande clameur a jailli de la foule.

Fanfares, déguisements, banderoles dans toutes les langues, l'ambiance est festive, malgré les mesures de sécurité, les accès à l'avenue étant filtrés par les forces de l'ordre qui contrôlent les sacs de chaque manifestant. "Je suis là pour montrer que même si on n'avait pas beaucoup d'espoir sur la COP21, on continuera à se battre. Cette minute de silence pour les victimes climatiques, c'est vraiment important", a déclaré Anne-Marie, 69 ans, écharpe et parapluie rouges, qui se dit sympathisante d'Attac.

Une chaîne humaine de près de 4500 personnes selon la police (10 000 selon les organisateurs) s'est formée à partir de 14h, le long du boulevard de l'Est. 

L'art de trouver un équilibre délicat

Le pacte, qui entrera en vigueur en 2020, doit accélérer un mouvement réduisant l'utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), favorisant les énergies renouvelables et modifiant la gestion des forêts et des terres agricoles.

Les engagements des pays, pris en vue de la COP, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mettent à ce stade la planète sur une trajectoire de +3°C par rapport à l'ère pré-industrielle, loin des +2°C ou moins souhaitables pour limiter les dérèglements. Les pays les plus vulnérables aux changements climatiques, comme les Etats insulaires, ont demandé une objectif de 1,5°C au vu des impacts sur leurs territoires. 

Pour faire accepter un texte à 195 nations, la présidence français devait trouver un équilibre délicat entre "les lignes rouges" des pays et des formulations trop vagues qui priveraient le texte d'ambition. Dans ce but, Laurent Fabius avait enchaîné vendredi encore les consultations dans son bureau avec les chefs de délégations: Etats-Unis, Union européenne, Chine, Afrique du Sud, groupe Afrique, etc. "Cela va nous permettre de procéder aux derniers ajustements et demain matin (samedi) de présenter le texte final", avait dit le ministre, resté jusqu'au coeur de la nuit pour peaufiner le texte. "Il s'agissait de tester différentes formules de consensus avec les délégations qu'il recevait", a expliqué à l'AFP Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Les grands sujets de divergences portaient principalement sur l'aide aux pays du Sud pour faire face au changement climatique, sur le niveau d'ambition de l'accord et le respect du principe de "différenciation", qui implique que les pays développés agissent en priorité, au nom de leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre. "Vous ne pouvez pas demander au Lesotho d'avoir les mêmes obligations que la Pologne, ou au Bostwana d'avoir les mêmes que les Etats-Unis, sans différenciation", avait souligné vendredi Nozipho Mxakato-Diseko, l'ambassadrice sud-africaine, porte-parole du groupe des pays en développement.

Concernant les financements, les pays en développement réclamaient que la somme de 100 milliards de dollars annuels promise d'ici 2020 soit augmentée les années suivantes. Quant aux pays développés, ils voulaient mettre à contribution les émergents (Corée du Sud, Brésil, pays pétroliers...).

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