COP21: dernière ligne droite au Bourget où 400 options sont sur la table

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à la tribune de la conférence sur le climat, le 5 décembre 2015 au Bourget
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Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à la tribune de la conférence sur le climat, le 5 décembre 2015 au Bourget - © THOMAS SAMSON

A Paris, les 196 délégations entament la deuxième semaine de négociations pour tenter d'aboutir à un accord mondial pour lutter contre les bouleversements climatiques avec aujourd'hui l'entrée en scène des ministres de l'environnement.

Du technique au politique

Il reste de nombreux crochets, de nombreuses parenthèses, plus de 400. C’est aux ministres de trancher les options.

Par exemple, l’objectif de limitation du réchauffement. Va-t-on inscrire les fameux 2 degrés ou 1,5 comme de nombreux pays le demandent ? Autre option : la question du financement de l’aide aux pays du Sud. Quelle somme pour après 2020 et qui devra y contribuer ?

Pour y arriver, les négociateurs se sont accordés sur une méthode de travail avec un groupe central présidé par Laurent Fabius et quatre groupes de travail consacrés à des thématiques particulières.

Laurent Fabius veut concrétiser d’ici jeudi l’accord de Paris pour ensuite permettre une vérification légale et linguistique et voter l’accord vendredi, le scenario idéal.

"La catastrophe climatique nous guette", prévient Ban Ki-moon

"La catastrophe climatique nous guette", a prévenu lundi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, en ouvrant à la conférence.

"Le monde attend de vous plus que des demi-mesures", a-t-il dit aux délégués, appelant les pays à accepter tous les cinq ans une révision de leur engagement avant même 2020, année d'entrée en vigueur du futur accord.

"Les décisions que vous prendrez ici à Paris se feront sentir pendant des siècles", a souligné Ban. Pour lui, "l'objectif actuel est le strict minimum; nous devons avoir l'ambition d'aller au-delà. Il faut donc que l'accord prévoie des cycles de cinq ans, dès avant 2020, pour que les États réexaminent leurs engagements et les renforcent en fonction des données scientifiques disponibles".

Dans cet accord, "nous devons bien faire comprendre au secteur privé que la transformation qui nous dotera d'une économie mondiale à faibles émissions (de gaz à effet de serre) est inévitable, bénéfique, et déjà en cours", a-t-il ajouté. "Les pays développés doivent accepter de jouer un rôle moteur et les pays en développement doivent assumer une part croissante de responsabilité, selon leurs capacités", a-t-il souligné.

5 jours pas plus 

Il reste formellement cinq jours pour sceller l'accord qui devrait permettre d'empêcher un réchauffement de plus de 2°C du globe, et l'accélération de ses effets destructeurs - de la fonte des glaciers aux cyclones dévastateurs - déjà constatés.

Après le pape François qui a exhorté dimanche les ministres à faire acte de "courage" à l'heure des compromis difficiles, c'est au tour du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon de motiver les délégations des 195 pays réunies en plénière lundi matin.

La veille, il a jugé que la conférence de Paris était "sur la bonne voie" après l'adoption d'une ébauche d'accord, fruit de plusieurs jours d'intenses pourparlers entre négociateurs.

Ministres de l'Environnement, de l'Energie ou des Affaires étrangères sont désormais en charge de l'élaboration du projet d'accord.

Quatorze d'entre eux ont été nommés "facilitateurs" et encadreront des groupes de travail spécifiques.

Ils devront trancher dans le vif de ce texte de 48 pages, touffu. "Soyons francs: tous les sujets difficiles restent non résolus", avait estimé samedi le commissaire européen chargée du climat, Miguel Arias Canete.

Le grand acquis de cette conférence est d'ores et déjà d'avoir obtenu de 185 pays, couvrant la quasi-totalité des émissions de gaz à effet de serre, l'annonce de mesures pour limiter la progression, voire réduire, leurs rejets polluants à l'horizon 2025 ou 2030.

Pour autant, les émissions de GES continueront globalement à progresser de 22% entre 2010 et 2030, ce qui met la planète sur la trajectoire d'un réchauffement entre 2,7°C et 3,5°C.

Révision

L'un des enjeux de l'accord de Paris est de mettre sur pied un mécanisme garantissant une révision tous les cinq ans et à la hausse des objectifs de chaque pays, sachant qu'il faudra en faire bien plus - économies d'énergie, développement des énergies renouvelables, lutte contre la déforestation... - et très vite pour espérer rester sous les 2°C.

Alors quand commencer? En 2021 comme le propose l'Union européenne, une date déjà trop tardive de l'avis des ONG environnementales. Faut-il demander des efforts de nature différente aux pays développés et à ceux en développement comme l'exige l'Inde notamment, option qui hérisse les Etats-Unis ? Tous les engagements des pays restant volontaires, faut-il néanmoins poser une trajectoire ambitieuse pour tous, en se donnant un objectif global chiffré de réduction des GES d'ici à 2050. Ou pas ? Les pays pétroliers et charbonniers s'opposant eux à toute mention de la fin programmée des énergies fossiles.

Mais le point le plus difficile reste celui de l'aide financière pour aider les pays du Sud à s'engager dans une transition énergétique propre et à s'adapter aux effets du réchauffement, dont ils sont les premières victimes.

Ces derniers exigent des assurances sur le versement promis de 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, que la part des dons augmente, et que cette somme ne soit qu'un point de départ après 2020.

L'Inde, troisième pays pollueur et acteur clé de ces négociations, réclame haut et fort soutiens financiers et technologiques pour développer les énergies renouvelables, alors qu'elle reste extrêmement dépendante du charbon dont elle est le troisième producteur mondial.

De leur côté, les pays développés veulent que d'autres mettent désormais la main à la poche pour aider les plus vulnérables, ce qui a provoqué une levée de boucliers.

Appel de plus de 70 prix Nobel remis à François Hollande

Plus de 70 scientifiques récompensés par le prix Nobel ont remis lundi à François Hollande un appel "à tous les pays de la planète pour qu'ils prennent des mesures décisives" contre le réchauffement climatique alors que les négociations de la COP21 sont entrées dans une phase décisive.

Récompensés dans diverses disciplines, physique, chimie ou médecine, les signataires se sont associés à une déclaration rédigée par une quarantaine d'entre eux en juillet à Mainau, sur les rives du lac de Constance (sud de l'Allemagne).

Cette déclaration lançait une mise en garde, affirmant que le changement climatique confrontait le monde à une "menace d'une ampleur comparable" à celle de l'arme atomique.

"L'inaction soumettra les générations futures de l'humanité à un risque inadmissible", écrivaient ses signataires.

"Nous avons insisté auprès du président de la République sur l'urgence de prendre des mesures aujourd'hui, de ne pas être inactifs ou de reporter à demain des décisions importantes", a déclaré sur le perron de l'Elysée le Français Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012.

Selon son entourage, François Hollande a souligné lors de cet entretien "le besoin de science" pour que l'accord sur le climat attendu cette semaine au Bourget à l'issue de la COP21 "puisse vivre" et la nécessité pour les Etats "d'investir massivement dans les sciences" et tout particulièrement dans la recherche fondamentale.

John Kerry à Paris pour contribuer à un accord "ambitieux"

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry est arrivé lundi au Bourget. Le chef de la diplomatie américaine, qui arborait une cravate vert vif, s'est immédiatement entretenu avec son homologue français Laurent Fabius, qui préside cette 21e conférence de l'ONU sur le climat (COP21).

Des responsables américains ont confié à l'AFP être plutôt optimistes sur la conclusion, prévue vendredi, d'un pacte qui permette de limiter à deux degrés la hausse des températures par rapport à l'ère pré-industrielle.

Mais l'un d'eux a ajouté s'attendre à des discussions intenses sur les problématiques de financement.

"Nous essayons d'évoluer d'une vision selon laquelle les pays développés fournissent uniquement une aide publique, à une vision plus large dans laquelle tous les pays sont engagés et travaillent ensemble pour mobiliser des ressources publiques et privées", a-t-il dit.

En 2009, les pays riches, responsables des émissions historiques de gaz à effet de serre, ont promis de verser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour financer les politiques climatiques des pays en développement.

Aujourd'hui, ils ne veulent plus être les seuls à payer et demandent une contribution de certains pays en développement (Chine, Corée du sud, riches pays pétroliers...).

Les Etats-Unis, deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, veulent "un accord ambitieux" à Paris, a ajouté un haut responsable américain à Washington.

Ce dernier a espéré que l'accord permette une révision d'ici à "2020-2021" des contributions volontaires présentées par les pays pour limiter ou réduire leurs émissions de gaz polluants.

"Nous espérons que les pays qui se sont fixé des objectifs pour 2030 pourront être plus ambitieux, à la lumière des progrès technologiques et politiques réalisés au cours de ces cinq prochaines années", a-t-il ajouté.

Interrogé en conférence de presse sur la position américaine, Laurent Fabius a souligné que le président Barack Obama était "très engagé personnellement pour trouver un accord à Paris parce que la lutte contre le dérèglement climatique est une priorité qu'il a assignée à son pays."

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