Accord de la COP21: qu'est-ce qui coince encore?

Trois points suscitent encore de vives tensions: l'ambition, le financement et la différenciation
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Trois points suscitent encore de vives tensions: l'ambition, le financement et la différenciation - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La COP21 entre dans ses dernières heures de négociations, et ce seront certainement les plus tendues. Depuis le samedi 5 décembre, jour où a été présentée une ébauche d'accord, deux projets ont été divulgués. De 48 pages, le texte est passé à 29 puis 27 pages et le nombre de crochets (ces points qui doivent encore être décidés) a drastiquement diminué. Des 900 présents dans l'ébauche, il n'en reste que 48 dans le projet d'accord présenté jeudi soir.

Les négociations de la nuit de jeudi à vendredi ont été intenses, les pays ayant plutôt eu tendance à se retrancher derrière leurs positions. De quoi révéler les principaux points d'achoppement de l'accord climatique.

Vise-t-on les 2°C ou les 1,5°C?

A Copenhague en 2009, le consensus obtenu visait à un réchauffement maximum de 2°C par rapport au début de l'ère industrielle (vers 1850). Un objectif qui a évolué au fil des négociations de la COP21, plusieurs États très vulnérables face aux changements climatiques demandant un objectif plus ambitieux, celui de 1,5°C.

Un clivage est ainsi apparu entre pays prônant les 1,5°C contre ceux qui se contentent d'un 2°C, voire plus. Les pays les plus pauvres, les États insulaires sont clairement pour cet objectif des 1,5°C. L'Union européenne et les États-Unis les soutiennent, sans pour autant présenter des engagements qui permettent d'y arriver. Face à eux, les puissances pétrolières comme l'Arabie Saoudite et le Venezuela et certains pays émergents, comme la Chine.

Le dernier texte adopté ce jeudi a opté pour une position oscillante: limiter la hausse de la température moyenne "bien en dessous des 2°C et poursuivre ses efforts pour limiter une hausse des températures à 1,5°C". 1,5°C, c'est très ambitieux. La température globale de la planète a déjà augmenté de 1°C depuis l'ère industrielle. La marge de manœuvre des 0,5°C est donc très restreinte.

Écoutez notre correspondante spéciale à Paris, qui explique les enjeux derrière cet objectif de 1,5°C ou 2°C.

La différenciation

Derrière ce terme assez flou se cache la question de la "responsabilité commune mais différenciée" des États dans le réchauffement climatique. Dit autrement, les pays industrialisés ont bien plus contribué au réchauffement global de la planète que les pays pauvres ou émergents, à travers leurs émissions de gaz à effet de serre.

Surtout, la Chine et l'Inde freinent des deux pieds, qui ne veulent pas voir leur essor économique être entravé par une réduction des gaz à effet de serre. "Un accord durable ne peut pas être élaboré en diluant les responsabilités historiques et en mettant les pollueurs et les victimes sur le même plan" s'est exclamé le ministre indien de l'Environnement ce jeudi soir. "Les pays développés doivent jouer un rôle décisif et faire de plus grands efforts", a déclaré la porte-parole de la délégation chinoise.

Les pays développés, s'ils admettent leur responsabilité historique, grincent des dents face au comportement des pays émergents mais gros émetteurs de CO2. Pour diminuer la tension, Les présidents chinois et américain, Xi Jinping et Barack Obama, ont convenu vendredi au téléphone de renforcer leurs efforts pour parvenir à un accord d'ici samedi matin à la conférence de Paris sur le climat, a annoncé le ministère chinois des Affaires étrangères.

On le voit, la frontière entre pays émergents et pays développés n'est pas si nette qu'auparavant, au vu de leur essor économique. Ce qui pose un gros problème quant à la question du financement, et surtout quels pays peuvent y prétendre.

Les financements

L'article 6 de l'accord précise que "les pays développés doivent fournir des financements [nouveaux], [additionnels], [adéquats], [prévisibles], [accessibles], [durable] et [croissants] pour assister les pays en développement en matière d’atténuation et d’adaptation". Il reste donc beaucoup de crochets sur ce transfert d'argent entre pays développés, et pays ayant besoin de financement pour faire face au changement climatique.

Quel est le montant de cette contribution? Les pays développés ont promis 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 à Copenhague. C'est la principale crispation de ces débats, les pays riches estimant que la somme est déjà presque réunie, alors que les pays en développement martèlent que le compte n'y est pas. Le G77 (groupe des pays en développement) avait d'ailleurs déjà tapé du poing lors des sessions de négociations intermédiaires à Bonn, remettant en cause les calculs de l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économique, sur le financement climat Nord-Sud.

Se posent donc les questions de qui comptabilisera cette aide financière, comment répartir cette aide efficacement entre atténuation et adaptation au réchauffement, et quels pays doivent contribuer. Seulement les pays développés ou aussi certains pays émergents qui auraient les moyens?

Horizon 2030, et après?

La plupart des engagements ne vont pas au-delà de 2030. Dans 15 ans donc, alors que le réchauffement climatique est un phénomène qui doit se voir sur le long terme. Là-dessus, les ONG environnementales déplorent la disparition de la mention du prix du carbone.

A la place, est décrit un objectif de "neutralité des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié du siècle". Selon le GIEC, il faudrait réduire nos émissions de 40 à 70% d'ici 2050 pour atteindre cet objectif.

Un système de suivi des progressions des différents pays est demandé. Il existe déjà pour les pays développés, mais pas pour ceux en développement. Un compromis doit encore être trouvé à ce niveau. Le cadre de contrôle sera soit unifié, soit différencié entre pays développés et en développement, soit en prenant compte des capacités des différentes parties.

Les 195 pays ont encore jusque demain 9h pour trouver un terrain d'entente. C'est en tout cas la volonté de Laurent Fabius, président de la COP21, qui a déjà reporté la présentation de l'accord final, initialement prévue ce vendredi soir.

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