Wallonie: le Coq décerne ses plumes

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Dans une cervelle d'oiseau, il y a, dit-on, peu d'espace. Au moment d'entamer une nouvelle année, le Coq fait donc place nette. Peu de choses lui restent en mémoire : quelques personnages tout au plus qui ont marqué l'année 2009.

Dans la basse-cour wallonne, traînent ainsi une quinzaine de noms attachés à autant d'évocations qu'il vous livre aujourd'hui. 10 politiciens, et 5 acteurs de la société civile. Quelques plumes, quelques ergots pour passer le temps en se lissant le plumage...

Les dix personnalités politiques

 

Rudy Aernoudt 

C'était le messie ; il est devenu l'antéchrist. Paré des attributs éblouissants de professeur d'université, de chef de cabinet de ministres wallon et flamand, d'économiste principal à l'Europe, d'orateur à l'ONU, ce philosophe-économiste flamand qui a un pied en Wallonie s'est finalement révélé être un personnage plus ambigu qu'il n'y paraissait au premier coup d'œil. Ses vues très à droite cachaient surtout un opportunisme politique qui l'a conduit en moins d'un an -c'est assez remarquable en soi - à rédiger le programme économique de la liste Dedecker, à créer le parti Lidé, à être associé ensuite, mais brièvement, au MR et puis enfin à se constituer partenaire de Mischaël Modrikamen et de son Parti Populaire. Où s'arrêtera sa créativité ?

 

André Antoine 

Il y a un peu plus de 5 ans, les élections allaient mener au pouvoir le PS associé au cdH. Et alors qu'on pariait sur le nom des futurs ministres, une seule certitude : André Antoine en serait. Dans ce rôle, le Perwézien, malgré beaucoup de gesticulations médiatiques justifiées par de nombreuses responsabilités, n'a pourtant pas réussi à percer électoralement. Furieusement actif, il a développé sous la précédente législature, une propension à passer en force, au nom d'une efficacité pas toujours avérée. Aujourd'hui reconduit dans la nouvelle majorité, il supporte mal la cohabitation forcée avec des Ecolos pour lesquels il n'a jamais eu beaucoup d'indulgence. D'où la marotte de glisser des peaux de banane sous les pieds de ses collègues ministres verts. Jusqu'à lasser ?

 

Willy Borsus

Rond, affable, policé (rural, diront certains): il ne fait pas beaucoup de vagues le Willy, mais mine de rien, sa cote ne cesse de grimper au MR.  Dans sa commune de Somme-Leuze, il a fait le vide (majorité absolue, un seul conseiller d'opposition !). Aux élections régionales, il a réalisé le meilleur taux de pénétration de son parti. Au Parlement wallon, il a dégommé en douceur un monument de la taille de Serge Kubla pour lui chiper le siège de chef de groupe. Et au MR, il a été nommé vice-président, c'est-à-dire belle-mère d'un Didier Reynders contesté. Gros bémol: les bleus sont repartis pour 5 ans d'opposition à Namur.

 

Michel Daerden

Le carton de l'année ! Plus de 63 000 voix de préférence aux élections régionales ! Bigre ! Avec un tel score, "papa" était certain de garder sa place dans l'équipe Demotte. Le président du PS  l'a pourtant envoyé aux pensions (et non "à la pension"), au fédéral. La voie était dès lors libre pour le fils. Mais Elio a offert à Frédéric un ticket pour Strasbourg, au parlement européen. Di Rupo aurait voulu faire le ménage au sein de ses troupes au parlement wallon qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Pas perturbé pour un sou, Michel continue néanmoins sa route: un scandale par-ci, un carton télévisé par-là.

 

Didier Donfut

L'ex-bourgmestre de Frameries n'a sans doute pas encore compris ce qu'il lui est arrivé... Consultant de luxe pour l'intercommunale IGH, Didier Donfut n'a pas vu venir la polémique. Il  a tout perdu en quelques heures : son portefeuille de ministre, son écharpe maïorale et son siège de député. Politiquement, Didier Donfut n'existe plus... Sorti par la petite porte de l'IGH, le socialiste est quand même rentré par la fenêtre, en se faisant nommer, dans les règles, président de la même intercommunale. Légal, à nouveau, mais discutable sur le plan éthique.  

 

José Happart 

Sur son site internet, il est toujours président du parlement wallon. Pourtant, après les élections de juin, il a quitté le perchoir. Avec une indemnité indubitablement légale mais qui, par son ampleur, a vexé une opinion publique remontée. C'est la fin d'une histoire politique qui avait pourtant commencé sur un mode majeur, fin des années '70 aux Fourons. Celui qui, par son combat régionaliste, a fait valser des gouvernements et a un jour recueilli la sympathie de plus de 300 000 électeurs s'en est allé, poussé dans le dos par un parti qui ne voyait pas l'intérêt de conserver ni comme ministre, ni même comme patron de l'assemblée wallonne, celui qu'il considère désormais comme -choisissez - un cheval fou ou un dinosaure encombrant.

 

Emily Hoyos

L'ancienne présidente de la FEF a connu une ascension politique fulgurante cette année, passant de conseillère communale à présidente du Parlement wallon. Un grand écart qui n'est pas forcément un cadeau. Coachée en permanence par le greffier, la "petite" aura bien besoin d'un ange-gardien pour éviter les banderilles venant de l'opposition, de la majorité et même parfois  de son propre parti. Il faut dire aussi que l'Ecolo n'a pas ménagé l'assemblée, en s'attaquant d'emblée aux bonus financiers des parlementaires wallons. L'apprentissage sera long et difficile.

 

Benoit Lutgen

L'air est connu, et le Bastognard l'a beaucoup entendu cette année : "Alors, tu veux ou tu veux pas ?" Bien installé au sein du gouvernement wallon, aux commandes de cette agriculture qu'il chérit tant, Lutgen jr sait se faire désirer à la rue des Deux églises. Alors d'accord: il reprendra les rênes du cdH, mais pas avant 2011. Résultat : il y a Joëlle Milquet qui rit (elle repart pour un tour à la tête de "son" parti) et Maxime Prévot qui pleure (toujours pas ministre).

 

Paul Magnette

Surdoué, beau gosse, ça, on savait déjà. Et après ? L'homme est parvenu à effacer Van Cau en claquant un score de 40 000 voix aux élections à Charleroi et en prenant la direction du PS carolo. Fin politologue, le socialiste a encore tout à prouver sur le plan politique. Ministre wallon éphémère, ministre fédéral du climat, ni chaud ni froid, Paul Magnette semble attendre son heure... 2011, avec la présidence du PS ? On le chuchote... L'homme a déjà identifié son adversaire potentiel : Rudy Demotte dont il a vertement critiqué la dernière version du Plan Marshall.

 

Jean-Marc Nollet

Il paraît qu'il a une nouvelle idée chaque minute. Et c'est sans doute nécessaire : au gouvernement wallon, il a hérité de compétences à ne savoir qu'en faire. Ça tombe bien : on le dit workaholik. On se le demande. Toujours est-il qu'il gesticule beaucoup, agite les mains pour bien faire comprendre sa pensée, écarquille les yeux, se retourne d'un mouvement. Attentif à la situation et se demandant sans doute sur quel croche-patte son partenaire cdH pourrait le faire trébucher. Hier considéré comme "l'emmerdeur du sénat", aujourd'hui, il est le super ministre d'un gouvernement dont il a négocié la naissance avec Jean-Michel Javaux.

 

Les 5 acteurs de la société civile

Santiago Calatrava & Christian de Portzamparc

Les œuvres de ces deux stars de l'architecture ont suscité le débat, pour des raisons différentes. La gare de Calatrava à Liège, c'est un geste architectural qui ne laisse pas indifférent. Reste le coût de cette cathédrale ferroviaire (plus de 300 millions d'euros) et les questions liées à l'aménagement futur du quartier des Guillemins. Christian de Portzamparc a imaginé le Musée Hergé de Louvain-la-Neuve. Mais son œuvre a été nettement moins commentée que la stratégie de communication très discutable de Nick Rodwell, le patron des lieux. Dur la vie d'artiste !

 

Jean-Marie Constant 

 

En mai, il a succédé à Raymond Coumont au poste de président de la CSC Wallonne. Comme l'année d'avant, son alter ego FGTB, Thierry Bodson avait pris la succession de Jean-Claude Vandermeeren. Constant, anciennement secrétaire national du syndicat en charge des dossiers communautaires, a plaidé pour une installation immobilière de son syndicat à Namur. Les deux organisations représentant les travailleurs ont donc choisi de marquer une présence forte dans la capitale wallonne. Avec le temps, la CSC va-t-elle défendre un point de vue plus régionalisant comme l'avait laissé comprendre peu avant sa sortie Raymond Coumont ? La question n'est pas vraiment tranchée.

 

Jean-Pierre Delwart & Eric Domb

L'Union wallonne des entreprises a un nouveau président pour les 3 prochaines années. Le patron des patrons wallons s'appelle Jean-Pierre Delwart, il est discret, et dirige Eurogentec, une société spécialisée dans les réactifs chimiques pour la recherche médicale. Il a pris le relais d'Eric Domb, plus flamboyant, à la tête de la success-story Paradisio. Deux hommes, deux parcours, deux styles, mais un même constat: selon ces boss, sans une révolution copernicienne, la Wallonie errera encore longtemps sur le chemin du retour à la prospérité. L'espoir fait vivre.

 

Jean-Pierre Méan

Le patron du Forem a senti le vent du boulet en 2009. Soumis aux tirs nourris de l'opposition, à propos des formations coûteuses des cadres à Lyon, l'homme ne doit son salut qu'à la clémence de son ministre de tutelle... Jean-Claude Marcourt lui a maintenu son confiance mais lui a collé aux basques, un comité de gestion, chargé, en gros, de le contrôler. Pas sûr que le courroux du MR soit apaisé. Pas certain non plus que Jean-Pierre Méan bénéficie du même soutien de la part de son nouveau ministre de l'emploi, André Antoine. 

 

Standard de Liège

Quand foot et politique font bon ménage. En accumulant les performances,  le Standard de Liège est progressivement devenu le "place to be" des politiques. L'endroit où il FAUT être vu... qu'on soit rouche, bleu, orange ou vert, wallon ou flamand... l'essentiel est d'être là où sont les exploits et les caméras. Allez, un petit pronostic-proverbe : "au plus de points le Standard perdra, au plus les vrais fans, il gardera". 

 

Carl Defoy, Rudy Hermans et Pierre-Yves Millet

 

 

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