Wallonie, la guerre des citadelles

Il y a quelques mois, j'avais tenté de vous décrire le sentiment de citadelle assiégée qui est celui de beaucoup de responsables liégeois à propos de l’affaire Publifin. Ce sentiment d’être la victime de décisions revanchardes d’une coalition bruxello-namuroise. Désormais, la citadelle liégeoise fait plus que dresser des murs, elle tire au canon depuis les meurtrières.

On assiste à un tir groupé de Willy Demeyer, bourgmestre PS de la ville, et de Christine Defraigne, patronne du MR liégeois. PS et MR qui sont déjà ensemble à la province et qui semblent de plus en plus proches à la ville de Liège à l’approche des communales. Ce rapprochement, on avait déjà pu l’observer à propos de la motion du conseil communal de Liège qui avait mis le feu à propos des visites domiciliaires.

Demeyer et Defraigne tirent leurs munitions ensemble sur la volonté de Namur d’imposer une scission entre Resa, gestionnaire de réseau et de gaz, et les activités concurrentielles de Nethys. En clair, sur l’injonction faite à Nethys (par la commission d'enquête Publifin et par le gouvernement) de se couper un bras, de se couper de sa vache à lait. Une scission qui, pour le ministre Jean-Luc Crucke, doit conduire Resa à fusionner avec Orès, le grand gestionnaire de réseau wallon.

La fusion avec Orès, le coup de trop

Willy Demeyer dit dans Le Soir ce qu’il dit en off depuis des mois : il s’oppose aux conclusions de la commission d’enquête Publifin. Une commission de laquelle les liégeois ont été écartés. Il juge que Liège est perdante dans cette affaire.  

Mais le coup le plus rude est porté par Christine Defraigne qui explique clairement, dans le journal La Meuse, qu’elle ne votera pas en l’état un décret fusionnant Orès et Resa. Elle s’oppose donc à ses collègues MR au gouvernement Jean-Luc Crucke et Valérie De Bue. C’est une fronde qui compte puisqu'elle est députée wallonne et qu’en Wallonie, la majorité tient à une voix. En clair, Christine Defraigne peut politiquement tout bloquer.

Cela dit, on sent bien que sur cette affaire on pourrait aller vers une majorité alternative, les liégeois contre les autres. Mais si ça arrive, et que Christine Defraigne de plus en plus en rupture de banc avec son parti, décide de siéger comme indépendante, la majorité aura un gros problème. 

La période politique utile se referme déjà

Quelles sont les conséquences de cette fronde ? 

Premièrement, on est entré maintenant dans une période où la proximité des élections communales va rendre tout très compliqué. Surtout la gestion du dossier Nethys. C’est peut-être la fin de la période utile, de la fenêtre de tir pour réformer.   

Deuxièmement, cela veut dire qu'on entre dans cette période sensible alors que l’autorité de la région et l’autorité des partis aussi sont clairement remises en cause face à l’autonomie liégeoise.

Troisièmement, à Liège, MR et PS convergent de plus en plus. La perspective d’une “grosse coalition” PS-MR à la ville de Liège pour consolider la citadelle semble se dessiner de plus en plus en octobre. Si cette perspective se confirme, la réplique risque bien d'être la formation d'une grosse coalition en Wallonie pour défendre les intérêts de la région en 2019 et ne plus être à la merci d’un ou d’une députée liégeoise rebelle. Entre la citadelle de Namur et celle de Liège, il y en a bien une qui va devoir céder.

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