Wallonie. Ceci n'est plus un Parlement

La Wallonie n’a plus de Parlement, pour deux semaines. Circulez il n’y a rien à voir. C’est le message de la minorité désormais au pouvoir en Wallonie. Les commissions et séances plénières sont suspendues pour cause de « circonstances exceptionnelles ». On rappelle ces circonstances : la coalition MR-CDH a perdu sa majorité à cause du ralliement de deux députés, dont une libérale, aux Listes Destexhe. La majorité tenant à une voix, elle est par terre. Or il y a des textes importants dans le tube avant les élections. C’est le cas de la fameuse réforme des aides à l’emploi. Un milliard d’euros tout de même.

Après beaucoup d’hésitations Alain Destexhe a finalement annoncé qu’il donnait consigne de s’abstenir histoire de ne pas offrir un trophée à la gauche. Cela doit théoriquement permettre à la réforme de passer. Mais voilà, Maxime Prévot, député et président du cdH, est en Laponie. La coalition risquait donc un Waterloo parlementaire. Elle préfère donc la retraite stratégique. Mais cela ressemble plus au cafouillage de la 7e compagnie qu’à la rigueur Napoléonienne.

Etre à la hauteur

Quand Charles Michel a perdu sa majorité au fédéral, ça a flotté quelques jours, mais assez vite, le parlement a pu l’entendre, le questionner, le mettre sous pression, et il est allé au charbon. Imaginez que le bureau de la chambre, avec la complicité de la N-VA, ait interdit à l’opposition de pouvoir s’exprimer et de poser des questions ? La Wallonie n’a pas agi comme une démocratie parlementaire digne de ce nom.

Imaginez-vous au Royaume-Uni, la chambre des communes suspendue deux semaines parce que Theresa May n’a plus le soutien de tous les députés conservateurs ? Les journaux britanniques auraient hurlé au coup d’État. Même en temps de guerre, même quand l’armée britannique risquait sa peau à Dunkerke en 40, Churchill est allé répondre aux questions des députés. En Wallonie on ferme le parlement parce qu’Alain Destexhe rallie deux députés.

Non la Wallonie n’a pas agi comme une démocratie parlementaire digne de ce nom

Qu’une réforme soit reportée, un vote repoussé pour y voir plus clair, c’est assez compréhensible. Mais pourquoi n’avoir pas laissé le parlement débattre de la situation politique, laissé l’opposition s’exprimer ? La majorité n’aurait sans doute pas été à son avantage. Mais on aurait sans doute pu saisir toutes les contradictions qui tiraillent l’opposition.

Perdre une majorité ce n’est pas rien en démocratie. Les Wallons méritent des explications. Nous méritons un débat public. Souvenez-vous il y a trois ans, les parlementaires wallons étaient, pour une majorité, très fiers de l’attitude de leur assemblée lors du débat autour du CETA, le traité de libre-échange avec le Canada. Ils louaient le sens démocratique des Wallons. Ils estimaient que cette affaire avait enfin donné ses lettres de noblesse au Parlement de la Wallonie, comme il s’appelle désormais.

Avec cette affaire, ces lettres de noblesse s’évaporent. Le parlement de Wallonie est redevenu ce qu’il était avant son changement de nom : un conseil régional, un petit conseil régional, sans ambition et sans courage. Quand on veut s’appeler parlement, on agit comme un parlement. Excepté une occupation étrangère, je ne vois pas quelles circonstances exceptionnelles peuvent justifier de suspendre un parlement. C’est surtout quand il y a des circonstances exceptionnelles qu’on a besoin d’un parlement. C’est ça la leçon donnée par les grandes démocraties parlementaires.

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