Vooruit en Marche

Le parti socialiste flamand va changer de nom. Il n’y aura plus le mot "parti", plus le mot "socialiste". Place à Vooruit, "En avant" en néerlandais.

Vooruit c’est d’abord pour certains le nom d’une salle de concert. C’est aussi un centre culturel important de Gand, qui (selon le journal De Tijd) n’est d’ailleurs pas du tout content d’apprendre qu’il va avoir le même nom qu’un parti politique.

Racine

Mais il ne s’agit que des traces de ce que fut le Vooruit : le berceau du socialisme flamand et d’ailleurs du socialisme belge, la première et la plus grande expérience de coopérative ouvrière en Belgique.

Fondée par Edouard Anseele vers 1880, ce fut d’abord une boulangerie ouvrière, puis un journal, puis un magasin général, puis un cabaret, une salle de spectacle, une banque, des usines. Bref le Vooruit c'est une contre-société ouvrière dans une Belgique dirigée par une élite industrielle.

C’est un temps où le POB, le parti ouvrier belge (qui avait refusé de se dire socialiste, une appellation jugée beaucoup trop idéologique et théorique à l'époque) avait réussi, pour reprendre le mot de l’historien Marcel Liebman, à rendre le peuple politiquement indispensable. On pourrait ajouter à Liebman qu’à l’époque le POB était parvenu à se rendre indispensable pour le peuple.

Marketing

D’un point de vue Marketing c’est plutôt bien trouvé. Vooruit, “En avant”, cela projette dans l’avenir et fait référence au passé. Mais les plus férus d’histoire ouvrière risquent de s’étrangler tout de même. Puisque Conner Rousseau utilise “Vooruit” en avant non pas tellement en référence d’Edouard Anseele, mais plutôt à Emmanuel Macron et son mouvement En Marche. C’est ce qu’il disait dans une interview en juin 2019.

Or, on ne pourrait pas faire projet politique plus opposé. En Marche, c’est l’anti Vooruit. Vooruit d’Anseele ne voulait pas être parti mais une organisation sociale qui change pratiquement, par le bas, la vie des gens. Un mouvement qui rassemble les ouvriers dans une contre-société, un contre-pouvoir, pour finalement s’imposer au pouvoir et l’occuper. C’est un mouvement de bas en haut.

En Marche c’est tout l’inverse. Ce “mouvement” est d’abord une machine au service du président Français et en réalité une organisation politique extrêmement pyramidale et peu démocratique. C’est un mouvement du haut vers le bas, mais qui est en fait resté en haut. C’est une réussite marketing.

Marketing ?

Le marketing politique n’est pas en soi mauvais. Celui qui n’en fait pas ne peut pas défendre ses idées. Toute la question est de voir si Conner Rousseau à un vrai projet derrière le changement de nom. D’après ce qu’il dit, il souhaite mettre en réseau les progressistes flamands, à faire débattre, à réunir à nouveau les gens. Et pour faire tout ça le mot "parti" semble devenu un gros mot. Et pour faire tout ça le mot "socialiste" semble lui aussi devenu un gros mot. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le parti socialiste flamand pense à abandonner son nom. Caroline Gennez ancienne président avait déjà essayé en 2009 mais s’était pris les foudres des anciens comme Louis Tobback.

Sans doute, Conner Rousseau a-t-il en tête le changement de nom de 2001 de l’époque Patrick Janssens et Steve Stevaert, qui avait débouché sur une victoire électorale éclatante en 2003. Éclatante mais éphémère, car très liée aux personnalités, et très peu au parti et à un positionnement idéologique et stratégique clair.

Le risque "Vooruit" c’est d’être "En Marche". Une opération marketing, au service de Conner Rousseau, une opération qui fonctionne à court terme. Elle sera destinée à l’échec si elle oublie l’essence de toute organisation politique, parti ou mouvement : prendre ses responsabilités sans oublier ses convictions. Pour les socialistes la question qui se pose est cruelle : Est-ce encore possible dans le contexte actuel ? 

 

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