VOKA, N-VA : qui est le patron ?

Qui donc écoute encore le VOKA ? Ce lundi, le patronat flamand demande, une nouvelle fois, la mise en place rapide d’un gouvernement. Avec la N-VA. Il demande aussi la régionalisation des soins de santé et des politiques de l’emploi.

Il fut un temps, pas si lointain ou ce réseau de presque 18.000 membres issus de la fusion du Vlaams Economiche Verbond, proche du CVP, et des chambres de commerces flamandes laissait l’impression de faire la pluie et le beau temps. Il fut un temps où Michel Delbaere son ancien patron, était considéré comme l’homme le plus puissant de Flandre.

C’est lui qui a patiemment réseauté au MR de Charles Michel pour lui faire accepter l’idée d’entrer seul dans une coalition avec la N-VA. Lui qui a tiré le frein à main sur l’institutionnel. Lui qui a poussé la N-VA à remiser au frigo ses demandes historiques de réformes de l'Etat pour favoriser un gouvernement de centre droit, sans le PS. L’engagement et le réseautage du patronat flamand dans la Suédoise ont été décisifs dans la réussite de ce projet jugé "Kamikaze" à l’époque. Que reste-t-il de toute cette influence aujourd’hui ? Le VOKA lui-même se le demande depuis un an.

"La symphonie inachevée"

Depuis un an, depuis la chute du gouvernement de Charles Michel à propos de l’immigration, le VOKA est quasi en deuil. L’année passée au même moment, pour les vœux 2019, le patron des patrons flamands ne pouvait que pleurer le crash de son fleuron. C’est une "symphonie inachevée" disait Wouter De Geest. En sacrifiant la régionalisation de nouvelles compétences pour convaincre le MR, le VOKA espérait un programme socio économique libéral conforme à l’intérêt des entreprises flamandes. Un programme qui prime sur tout le reste.

Ce fut souvent le cas. Mais pas jusqu'au bout. La N-VA a choisi de désobéir à son patron (pour reprendre la formule de Bart de Wever), de faire rupture en lançant sa campagne sur l’immigration. Avec les conséquences que l’on connaît. Malgré tout, le discours du VOKA n’a pas changé : il faut continuer le travail du gouvernement Michel. Quoi qu’il arrive, et peu importe le résultat des élections, le choix des électeurs et les choix de la N-VA. 

Sanction électorale

Il faut continuer le travail du gouvernement Michel donc. Même si la coalition suédoise n’a plus de majorité. Même si elle a subi une sanction de l’électeur. Un recul des plus massif pour un gouvernement sortant depuis belle lurette. Même si la N-VA n'a plus envie de s'user au fédéral. Si l’objectif des patrons flamands ne varie pas. La tactique elle est forcée de s’adapter. Un peu. On a voté quand même. Durant l’été, le VOKA appelle à la mise en place d’un gouvernement rapide, avec la N-VA et puisque la mathématique l’impose, avec le PS. L’exhortation sera sans effet.

Hier, le VOKA demande une nouvelle fois aux partis d’y arriver. Il insiste. Pour que cesse le “Stratégo et les petits jeux”. Les partis n’ont qu’à s’entendre pour je cite “poursuivre l’élan des réformes du gouvernement Michel.” Derrière cet apolitisme de façade, une seule exigence : la N-VA doit en faire partie. C’est la condition pour que les réformes soient poursuivies. Le CD&V et le VLD qui faisaient eux aussi partie de la Suédoise, ne sont donc pas jugés dignes de confiance.

La N-VA, pourtant responsable de la fin précoce de la symphonie Suédoise est toute pardonnée. La N-VA dont les actes depuis un peu plus d’un an laissent penser qu’elle abandonne la stratégie du nationalisme "socio-économique" au fédéral, est soutenue (poussée dans le dos ?) par le VOKA pour prendre ses responsabilités.

Le VOKA trace même le chemin pour unir un front flamand qui a volé en éclat. Il pousse l’idée d’une réforme de l’Etat autour de la régionalisation des soins de santé et de l’emploi. Bart de Wever avait dit un jour, dans une formule lapidaire, que le vrai patron de la N-VA c’était le VOKA. Il ne pourrait plus répéter la même phrase aujourd'hui. Il s'est largement émancipé de son patron. Et hier, avec ses exhortations vaines des patrons flamands, le rapport de force à même semblé inversé. Hier, le patron du VOKA c'était la N-VA. 

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