Vivaldi, putain 2 mois !

Vivaldi, putain 2 mois !
Vivaldi, putain 2 mois ! - © Tous droits réservés

Voici 2 mois que le gouvernement de Croo a été mis sur pied. La deuxième vague n’a pas laissé au gouvernement le temps de s’installer. Essayons de tirer quelques leçons de ce départ éclair.

Vandenbroucke 1er

La première évidence qui saute aux yeux, c’est Frank Vandenbroucke. Pour l’instant, ce gouvernement c’est Vandenbroucke 1er. C’est lui le visage et la voix de cette crise. Pour le meilleur et on l’a vu aussi pour le pire. Il irrite autant qu’il rassure. C’est vrai au sein de l’équipe de Croo et dans la société belge.

C’est évidemment lié au contexte, à cette deuxième vague, à l’urgence. Mais ça n’explique pas tout. VDB était déjà la surprise de ce casting. C’est le politique le plus aguerri, la plus grosse tête. Par contre il a un carnet de contact assez vide avec les autres politiques qu’il ne fréquentait plus.

Même sans covid, Frank Vandenbroucke serait sans doute rapidement devenu le point d’attraction de ce gouvernement.

Le pari de De Croo

L’omniprésence de Frank Vandenbroucke ne relègue pour autant pas Alexander de Croo au second rang. On pourrait dire que si VDB prend autant de place, c’est à cause d’Alexander de Croo qui semble avoir lié son destin à celle du ministre de la santé.

Alexander de Croo le soutient depuis le début dans sa ligne stricte et un peu solitaire. Alexander de Croo avait promis de tout faire pour éviter un deuxième confinement lors de sa déclaration de politique générale. Il n’a pu tenir sa parole, même si cette deuxième vague prend ses racines avant son arrivée au 16. Désormais sa crédibilité politique tient tout entière dans l’endiguement du COVID et la campagne de vaccination. Et ça Alexander de Croo ne peut y arriver sans un Frank Vandenbroucke fort.

La grosse polémique de ces derniers jours à propos de "l’effet de choc" illustre bien ces destins liés. Alexander de Croo a défendu son ministre de la santé et a fermé la porte aux francophones qui demandaient des assouplissements à Noël. On pourrait ajouter à ce duo SPa-VLD, la ministre de l’intérieur CD&V Annelise Verlinden avec qui la collaboration semble forte. C’est un trio donc qui domine l’actuel gouvernement. Un trio flamand.

Des francophones au balcon

C’est le résultat direct de la négociation des postes de septembre. Si les francophones sont au balcon c’est entièrement de leur faute.

Le PS aurait pu réclamer le 16 mais le MR s’y opposait, les francophones ont préféré laisser le poste à la Flandre pour compenser leur position minoritaire dans la coalition. Le PS aurait pu réclamer la santé il a préféré l’économie, le MR aurait pu réclamer l’intérieur ou la justice il a préféré les affaires étrangères pour Sophie Wilmès.

Aujourd’hui donc dans cette première phase, celle de l’urgence sanitaire, les francophones servent de décor, il faut bien le dire.

Enfin, dernier élément qui n’arrange pas la position des francophones, ils ont placé des ministres dont le bilinguisme laisse parfois à désirer. Pierre Yves Dermagne, Mathieu Michel ou Sarah Schlitz n’ont pas brillé ces derniers temps. Le bilinguisme peut toujours venir, mais par la force des choses ils se retrouvent un peu hors jeu pour l’instant.

Premières tensions

Les tensions les plus sérieuses se sont cristallisées autour du MR. Les bleus francophones se retrouvent largement exclus de la gestion de la crise corona. Ils semblent choisir une stratégie de la particip-opposition. Ça ne pourra pas durer. Du point de vue des partenaires c’est sans doute là que réside aujourd’hui la principale faiblesse de la VIVALDI.

Alexander de Croo qui devra sans doute répéter à ses frères libéraux la phrase de Di Gasperi qu’il avait cité dans sa déclaration gouvernementale : "L’avenir ne se construira pas avec le pouvoir, ni avec l’envie de conquérir. Mais par l’application patiente de la méthode démocratique, l’esprit constructif de l’accord et le respect de la liberté.”

Pointons aussi quelques tensions suscitées par ECOLO, autour de la fermeture des centrales, autour d’une mécompréhension autour de la taxe carbone et autour de la précipitation avec laquelle le parti veut déterrer le dossier ultrasensible de l’IVG.

Côté flamand le gros point d’interrogation se situe dans la capacité de Frank Vandenbroucke à jouer en équipe.

Est-ce qu’on a là des défauts de jeunesse, liée à un indispensable rodage qui n’a pas eu lieu, ou est-ce qu’on est face à des vices de procédures ? L’avenir seul le dira. Et l’avenir risque de changer les équilibres. La crise sanitaire passée, le socio-économique va revenir à la charge. Et là c’est le bon vieux clivage gauche droite qui va mettre à rude épreuve la cohésion du gouvernement. Sans compter la préparation des deux grosses réformes prévues pour la fin de la législature, réforme de la fiscalité et réforme de l’Etat. La c’est du côté du CD&V que tous les regards vont se tourner.

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