Vivaldi et le mystère de la partition parfaite

Théo Francken a déconseillé aux francophones de tenter une coalition sans la N-VA qui serait minoritaire en Flandre. Pour lui ce serait la fin de la Belgique. Mais la coalition Vivaldi qui regroupe les 4 grandes familles politiques n’est pas si minoritaire que ça. On va voir ça ensemble. Il y a minoritaire et minoritaire. Mais d’abord, revenons au texte de Théo Francken :

Avoir un gouvernement avec une minorité côté flamand, c’est une très mauvaise idée pour ceux qui veulent sauver la Belgique. Vivaldi c’est la partition parfaite pour la fin de la Belgique.

 

Voilà deux de ses déclarations d’hier. Il a d’abord raison de dire que les divergences idéologiques de cette coalition seront importantes. Mais c’est encore plus vrai pour les formules de coalition qui regroupent le PS et la N-VA. Il est ensuite assez cohérent, la ligne N-VA répétée partout depuis des mois côté francophone et en Flandre est une mise en garde, parfois une menace. Nier le plus grand parti flamand, laisser de côté une majorité des voix en Flandre conduira à l’instabilité et à la fin du pays.

Il est piquant quand même de relever qu’un parti nationaliste, qui a la disparition de la Belgique en haut de ses statuts, s’oppose donc à une formule qui conduirait à atteindre son but.

C’est un peu comme si le PTB disait : Si vous faites un gouvernement PS-ECOLO sans le PTB vous risquez de détruire le capitalisme! On lui répondrait alors de ne pas trop s’en faire. C’est comme si le MR disait : attention si vous faites un gouvernement sans les libéraux cela vous conduira à plus de liberté d’entreprendre et moins d’impôts. On lui répondrait aussi de ne pas trop s’en faire.

Cette contradiction est au cœur de la stratégie de Bart de Wever. Il sait qu’il n’y a pas de consensus sur la fin du pays pour l’instant. Son nationalisme est pro-Belgique, mais une Belgique à la sauce N-VA où chacun est responsable chez soi. Vous connaissez ma formule : la N-VA est dans le nationalisme de succion, et plus, pour l’instant, dans le nationalisme de scission.

Minoritaire vraiment ?

 

Sortons les calculettes. La Vivaldi c’est donc : CD & V et VLD 12 sièges chacun, le spa et Groen 9 et 8 sièges, total 41 sièges.

Contre ça le bloc nationaliste N-VA 25 sièges et Vlaams Belang 18, c’est 43 sièges. Il faudrait enlever le siège de Jean Marie Dedecker, élu sur une liste N-VA mais qui siège comme indépendant (mais passons).

Oui la Vivaldi est minoritaire. Encore plus minoritaire que le bloc nationaliste puisque le groupe linguistique flamand c’est 89 députés (il y a entre autres les 3 députés PVDA).

Par contre, si on regarde le rapport de force en termes de votes les choses sont différentes. Analysons les voix recueillies dans les cantons flamands par les partis flamands représentés à la chambre (source CRISP). Le bloc nationaliste c’est 1.855.080 voix (sur les 4.124.610 voix recueillies par les partis flamands de la chambre). Le bloc Vivaldi c’est 2.032.633 voix. La Vivaldi à donc récolté 177.553 de plus que le bloc nationaliste. Cette coalition n’est que très légèrement minoritaire en voix côté flamand. Il suffit d’un cheveu, 29.000 voix, pour que la quatre-saisons soit majoritaire en nombre de voix au sein des partis flamands de la chambre.

La coalition Vivaldi, la partition parfaite pour la fin de la Belgique selon Théo Francken, a donc recueilli l’assentiment de plus d’électeurs que les deux partis qui ont la fin de la Belgique dans leurs programmes. On est pas rentré...

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