Violences faites aux femmes. État d'urgence

Violences faites aux femmes. Etat d'urgence
Violences faites aux femmes. Etat d'urgence - © Tous droits réservés

On a parlé des gilets jaunes tout le week-end. Pourtant, ils n’étaient pas les seuls à manifester. Et certainement pas les plus nombreux. Alors que quelques centaines de gilets jaunes bloquaient des endroits stratégiques, de manière plus classique et donc plus discrète, près de 5000 personnes se sont rassemblées à Bruxelles pour marquer leur soutien à la lutte contre les violences faites aux femmes. 5000 selon le dernier comptage de la police, ils et elles étaient 3000 l’année passée au même moment. C’est donc un succès important pour le collectif d’organisations féministes qui appelait à cette marche. 

Où en est la Belgique en matière de lutte contre les violences faites aux femmes?

Et bien malheureusement c’est un bilan contrasté. Des choses évoluent mais c’est très lent. Comment évaluer les choses? On peut partir de la Convention d’Istanbul. A l’inverse du Pacte des migrations de Marrakech dont on parle beaucoup pour l'instant, c'est un texte contraignant.

Que dit-il? Il reconnaît que les femmes subissent des violences structurelles et massives parce qu’elles sont des femmes dans une société qui entretient un système de domination masculine. Ce ne sont pas des violences parmi d’autres. Cela veut dire, par exemple, que la Belgique doit adapter ses lois pour que les auteurs de violences soient systématiquement poursuivis. Que les victimes soient prises en charge, aidées, soutenues. Que les policiers, les magistrats, tous les fonctionnaires de l’État soient sensibilisés à l'accueil des femmes victimes de violences. Que dès l’école on sensibilise contre la violence machiste. Cela veut dire que l’État doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher ces violences.

L’État fait-il tout ce qui est en son pouvoir?

Une série de décisions ont déjà été prises. Il y a un plan d’action qui a débouché, par exemple, sur la création d’une ligne “Ecoute violence conjugale”, le 0800 300 30 qui a déjà reçu 17 000 appels depuis 2012. Mais pour les organisations féministes qui suivent la Convention d’Istanbul, il y a un problème chez nous de priorité. Vous connaissez la Belgique, beaucoup d’acteurs sont impliqués. Il manque une stratégie qui, à tous les niveaux, impulse un sens de l’urgence et des moyens pour qu’il y ait une rupture. 

Vous vous demandez peut-être pourquoi une rupture? Malheureusement, il y a beaucoup de chiffres qu’on pourrait vous citer. Il y en a un qui est particulièrement froid. Il vient d'un rapport de l'IWEPS, l'Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique. Il concerne l’année 2015, la Wallonie et ses trois millions d’habitants. En voici un extrait  : 1 032 plaintes pour viol ont été enregistrées par la police, soit 3 plaintes en moyenne par jour.  Mais selon une étude récente (1) , seulement 16% des victimes de violences sexuelles " graves " s’adressent à la police.  Le nombre de viols accomplis (sans les tentatives) serait donc en réalité de 6450, une estimation moyenne de 18 viols par jour en Wallonie.

18 viols par jour en Wallonie. L'État d'urgence est là. L'État, lui, n'y est pas encore. 

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