Union européenne: Après le plombier polonais, le plombier roumain?

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Figurez-vous qu'en Roumanie, il y a des Roumains, et en Bulgarie il y même des Bulgares. Si, si j'vous jure! Je sais que ça peut paraître incroyable. Et le plus dingue c'est que les Roumains et les Bulgares quand leur pays est entré dans l'Union, ils sont devenus citoyens européens. Comme je vous le dis. Et même qu'ils vont bientôt pouvoir venir travailler librement dans toute l'Union comme tout ressortissant européen.

Une arrivée possible de travailleurs roumains et bulgares qui inquiète les Européens. D'ailleurs ces nouveaux Européens auront dû attendre 7 ans pour travailler partout dans l'Union.
Mais David Cameron, lui, est toujours inquiet: il vient d'annoncer que les Roumains et les Bulgares n'auraient pas droit aux mêmes allocations sociales que les autres Européens en Grande-Bretagne. Et il veut des mesures plus sévères lors des prochains élargissements: David Cameron propose que lors de l'arrivée d'un nouveau pays dans l'Union, ses citoyens ne bénéficient pas de la libre circulation tant que le pays n'a pas atteint un certain niveau de développement.
Tout cela est intéressant mais un peu agaçant. Si les Roumains et les Bulgares font peur, c'est à cause du fameux dumping social contre lequel luttent tous les Etats membres, heu .. tous les états membres? vraiment?
Non pas le gouvernement britannique. L'attitude du Premier ministre britannique est décidément légèrement schizophrène, il se plaint du dumping social mais refuse par exemple, d'encadrer plus sérieusement, comme le souhaitent la Belgique ou la France, les travailleurs étrangers qui vont temporairement travailler dans un autre état membre.
Le gouvernement britannique qui depuis toujours est LE gouvernement à pousser pour toujours plus d'élargissement. Un marché unique toujours plus grand, des possibilités d'exportations toujours plus vastes et une Union politique toujours plus diluée. Londres veut bien les marchés que représentent la Roumanie et la Bulgarie mais pas des citoyens de ces deux pays. Et si effectivement le développement de la R0oumanie et de la Bulgarie n'a pas été à la hauteur de ce qu'attendait l'Union, c'est d'une part que les Européens n'ont pas voulu payer l'élargissement à son juste prix et qu'enfin, ceux qui voulaient à tout prix l'élargissement ont accepté ces deux pays mal préparés.

Débat impossible

Les Européens devraient tenir un débat sur la libre circulation; la Grande-Bretagne a eu de la peine à gérer l'arrivée de dizaines de milliers de Polonais en 2004, son expérience serait intéressante. Même si aujourd'hui, d'après plusieurs organismes britanniques, les travailleurs étrangers en Grande-Bretagne rapportent plus en impôts qu'ils ne coûtent en allocations sociales. Les Européens pourraient aussi débattre de la crise dans les pays du Sud qui a forcé les jeunes à migrer vers le Nord, à la grande joie de l'Allemagne qui manquait de main-d'oeuvre. Les Européens pourraient évoquer la lutte contre le travail au noir, et la coopération entre Etats membres à ce sujet, ils pourraient évoquer une politique sociale non pas harmonisée mais coordonnée. Mais il n'y a pas beaucoup de candidat au sein de l'Union pour ce genre de débat sérieux. Ceux qui en parlent préfèrent viser un pays ou un groupe de pays, et répondre à un problème de politique interne. C'est frappant dans le cas de David Cameron qui voulait calmer la branche la plus anti-européenne de son parti et couper l'herbe sous le pied de son ennemi juré, le parti souverainiste UKIP. Mais à 6 mois des élections européennes, et les plus conservateurs et le Ukip ont dénoncé la faiblesse de ces annonces donnant l'impression que David Cameron n'avait fait qu'alimenter leur fond de commerce eurosceptique.

Anne Blanpain