Une Union européenne de plus en plus flexible

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Viktor Orban et ses petits camarades ont raison : la solidarité ne doit pas être imposée, on ne doit pas dire aux Etats membres combien de réfugiés ils doivent accueillir. Ou disons plutôt qu’on ne devrait pas être obligé de dire aux Etats membres combien de réfugiés ils doivent accueillir. Ils devraient, dans une Union digne de ce nom, se mettre autour de la table et aborder ce problème ensemble. Tout simplement parce que les réfugiés arrivent en Europe du sud, traversent l’Europe centrale et ne rêvent que de l’Europe du nord. Difficile d’imaginer dossier plus européen.
Mais non, certains comme la Hongrie ce dimanche préfèrent jouer cavalier seul. Dimanche la question posée aux seuls Hongrois lors du référendum est simple : l’Union peut-elle imposer à la Hongrie d’accueillir des étrangers sans passer par le parlement national ? On peut légitimement penser que la majorité d’électeurs répondra non. Posée comme cela, la question donne l’impression que l’Union un dimanche soir dans son fauteuil se demandait ce qu’elle pourrait bien faire " tiens si j’imposais à ces états des quotas de réfugiés ? ". La réalité est plus simple : il y a eu une réunion, les Etats se sont comptés, et ceux qui ne voulaient pas de ces quotas ont été mis en minorité. Bien sûr, pour celui qui est en minorité, c’est moche mais c’est le jeu de la démocratie, nationale et européenne.  Et l’on pourrait imaginer que les Français ou les Belges organisent un référendum pour dénoncer la directive qui permet aux pays de l’Est de largement profiter du dumping social via les travailleurs détachés (travailleurs qui viennent en Belgique mais qui restent soumis à la grande majorité des normes sociales de leur pays d’origine). Paris, Bruxelles et d'autres ont choisi de se battre autour de la table de négociations, comme le prévoit le fonctionnement de l'Union.

Solidarité flexible

Mais la vraie question de ce référendum hongrois est plus simple : pensez-vous que la Grèce doit se débrouiller seule avec un problème qui concerne les 28 ?
On me dira évidemment que cet accueil des réfugiés, c’est un problème compliqué, l’organisation prend du temps. Bien sûr mais visiblement, ceux qui trouvent compliqué d’accueillir chez eux quelques milliers de réfugiés ne comprennent pas du tout pourquoi ce serait compliqué pour la Grèce d’accueillir chez elle quelques dizaines de milliers de réfugiés.
C’est sans doute ce que l’on appelle la solidarité flexible, c’est le nouveau concept à la mode dans l’Union européenne.
En clair, il y a mille manières de montrer sa solidarité avec les pays du sud confrontés à l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés. Vous pouvez par exemple accueillir des réfugiés chez vous, vous pouvez aussi payer un autre pays pour accueillir les réfugiés dont vous ne voulez pas chez vous, j’imagine que vous pouvez aussi envoyer un petit mail aux pays du sud en indiquant simplement " cher voisin, croyez bien que je suis solidaire, je ne peux malheureusement pas vous aider, mais je pense bien à vous "
A noter que cette solidarité flexible ne s’applique que dans le dossier des réfugiés. On pourrait pourtant imaginer une solidarité flexible avec les états qui reçoivent des milliards d'euros pour rattraper leur retard de développement, c'est le cas de la Hongrie. Ou qu’un état décide de la solidarité budgétaire flexible, il pourrait alors envoyer un petit mot aux autres disant que cette année, il a autre chose à faire avec son argent mais que bien entendu ça n'entame pas sa solidarité européenne.
Certains estiment qu'il y a d'autres solutions : c'est vrai mais on n’entend pas beaucoup de pistes crédibles : Viktor Orban a bien proposé d’envoyer l’armée en Méditerranée pour couler les bateaux de réfugiés, reconduire les réfugiés directement en Libye. On verra qui osera entrer dans les ports Libyens pour y déposer des milliers de réfugiés alors que le pays est en proie à une guerre civile. Peut-être peut-on imaginer repeuple la méditerranée en requins mangeurs d’hommes par exemple.
Bref, pour le moment, personne ne sait comment gérer dignement ce dossier. Mais croire qu'il suffit d'un référendum et d'un refus total de solidarité pour résoudre la crise prouve juste que la Hongrie se trompe sur l'Union, on espère que ses partenaires le lui diront enfin. 

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