Une grève à l'ancienne

Une grève à l'ancienne
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Une grève en pleine campagne électorale, c’est une grève politique. Comme pour toutes les autres grèves ou mobilisations syndicales, généralement ceux qui dénoncent une grève politique veulent dire grève politicienne. C’est à dire une grève menée par un ou des syndicats qui souhaitent favoriser un parti proche. Et oui, c’est déjà arrivé. Ici, c’est évident que les syndicats souhaitent peser sur le scrutin de mai. Pourtant, malgré les élections, c’est peut-être la grève la moins politicienne que les syndicats ont mené ces dernières années. C’est en réalité une grève à l’ancienne, une grève contre les entreprises, contre les patrons qui refusent, aux yeux des syndicats, d’augmenter suffisamment les salaires. Les syndicats doivent démontrer leur puissance, montrer qu’ils peuvent mettre l’économie à genou afin d’obtenir une avancée autour de la table du groupe des 10.

Gilets jaunes, gilets jeunes, gilets...

Il y a pour les syndicats un agenda purement interne. Ils doivent trouver leur place dans le concert de mobilisations. Il s’agit pour eux d’arriver à capter l’atmosphère de remobilisation citoyenne qu’on observe depuis le début de l’hiver, gilets jaunes, gilets jeunes. Ils ne pouvaient rester immobiles sous peine d’être dépassés. Or, les syndicats c’est trois millions et demi d’affiliés en Belgique, 55% de la population. Ce qui nous amène à des niveaux proches de ceux des pays scandinaves. Et c’est, malgré ce qu’on pourrait croire, un taux de confiance de la population assez correct (même s'il est en baisse). L’Institut wallon de la statistique le pointe à 64%. Deux fois plus que les partis politiques qui sont à 32% et que les médias à 45%.

Des syndicats très divisés

Des divisions existent surtout entre nord et sud. Les tensions sont très fortes. Mais la faible marge d'augmentation salariale (0,8%) les rassemble. Ce n’est pas d’ailleurs tellement cette marge qui pose problème que la manière dont la négociation se déroule avec une loi qui encadre tellement les augmentations que les syndicats s’estiment inutiles. 

C'est aussi le contexte. Une faible augmentation des salaires passe plus facilement quand le contexte économique est morose. Or, ici, la compétitivité est largement rétablie même si elle reste fragile. De nombreux emplois ont été créés, même si la croissance est faible, le pouvoir d’achat a augmenté en moyenne, mais faiblement et avec beaucoup de différences en fonction des situations.

Capital, travail

Cette grève pose tout simplement la question de la redistribution des richesses entre le capital et le travail. En ce sens, c’est vraiment une grève à l’ancienne. C’est cette question qui a conduit à la création de la concertation sociale après la Seconde guerre mondiale. A l'époque, il existait un esprit de responsabilité partagée entre patronat et syndicat. Un esprit qui s’est délité en même temps que la croissance. Aujourd’hui, on peut se demander si le contrat social à la belge n’est pas en état de mort cérébrale.

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