Une Grande-Bretagne pareille à elle-même

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Le sommet de la semaine dernière nous aurait enfin ouvert les yeux: la Grande-Bretagne est fourbe, égoïste, elle ne défend que ses intérêts nationaux et en plus, elle n'a aucun sens de la solidarité européenne, aucun et ça, ce n'est pas vraiment pas gentil. C'est ce qui ressort de ce que disent certains Etats membres et une bonne partie des eurodéputés.

Sauf que d'abord la Grande-Bretagne n'a jamais caché qu'elle ne se sentait pas vraiment européenne, elle a toujours dit que seul le grand marché l'intéressait. C'est juste un fait.
Il suffit, à la fin des sommets, de suivre la conférence de presse de David Cameron pour sentir à quel point lui, plus que les autres, considère ces sommets comme un match entre les Européens et lui-même.
Ensuite, il y a aujourd'hui peu d'états qui peuvent donner des leçons de solidarité à qui que ce soit. Il suffit de se rappeler que la Finlande voulait des garanties avant de prêter à la Grèce, qu'une partie des politiques slovaques trouvaient que les Grecs n'avaient que ce qu'ils méritent, on se souviendra encore des Français prêts à refermer les frontières pour éviter que les Tunisiens arrivés en Italie ne viennent déranger la France. On se souviendra également que précisément dans le traité rejeté par la Grande-Bretagne il n'y a pas un mot sur la solidarité, il y a des engagements volontaires à respecter une discipline de fer dont personne ne croit qu'elle résoudra seule la crise. mais les 26 n'ont pas pu se mettre d'accord sur des perspectives de solidarité comme les euro-obligations, c'est-à-dire la possibilité d'emprunter à plusieurs sur les marchés par exemple.

L'isolement choisi

La Grande-Bretagne s'est mise hors jeu pour ce traité mais elle reste membre de l'union, lancer des idées pour l'isoler un peu plus encore n'écornera pas sa capacité d'être constructive ou nuisible par exemple lors des négociations sur le budget des sept prochaines années. Et si David Cameron avait l'air bien seul dans son petit costume vendredi matin à l'aube du sommet, chez lui, à court terme en tout cas, son opposition frontale aux européens peut lui rapporter gros électoralement. Sur certains dossiers qui se décident à la majorité qualifiée ou qui supposent un engagement volontaire des Vingt-sept, David Cameron sait désormais qu'il ne sert à rien de s'arcbouter tout seul. Celui qui répète simplement "non" sans vouloir négocier, il est tout simplement mis sur le côté. La Belgique l'a connu en son temps, lors de dossier de libéralisation des chemins de fer. Notre pays a dit non, d'autres pays ont dit "non sauf si..", la Commission a alors ignoré la Belgique et elle a travaillé avec les pays plus souples qui ont obtenu satisfaction sur une partie de leurs revendications.
Notre pays n'a rien obtenu puisqu'il ne voulait pas négocier mais la libéralisation s'est imposée à lui.
Mais sur les dossiers où il existe un droit de véto comme par exemple les perspectives financières, la capacité de nuisance britannique est intacte.
Et pour passer de l'unanimité à la majorité dans une série de domaines il faut ... l'unanimité.

Faciliter la réforme des traités

Les changements de traités dans l'Union sont lentes à Vingt-sept, elles passent par des procédures compliquées, et vous ouvrez le traité pour y modifier la discipline budgétaire et vous vous retrouvez avec certains Etats membres qui veulent tout revoir de fond en comble.
S'engager dans un traité entre amis peut être une solution pour certains dossiers, pas pour tous.
Mais encore faut-il que les règles de ce "club entre amis" soient claires, que la Commission ne devienne pas un simple gadget, que les grands pays ne se prennent pas pour les seuls chefs.
Il faudrait aussi, mais personne ne sait comment, que les citoyens européens ne se sentent pas totalement laissés sur le côté, il y a le Parlement européen mais ce n'est pas suffisant. Aux députés nationaux de s'approprier aussi l'Europe.
Les députés allemands ou danois par exemple n'en finissent pas de se mêler d'Europe, ça ne facilite pas les décisions européennes, mais ça oblige en tout cas leurs dirigeants à s'expliquer sur l'Union et sur les petits arrangements entre amis qui se multiplient dans cette Union.

Anne Blanpain

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