Une défaite de Donald Trump ne signifiera pas la fin du trumpisme

Difficile de ne pas évoquer ce jeudi la course à la Maison blanche. De ce côté-ci de l’Atlantique, ce scrutin, c’est d’abord un spectacle télévisuel. Depuis plus de 24 heures, impossible de se déscotcher de CNN. La façon dont le journaliste de CNN John King (ou son remplaçant pendant la nuit, Phil Mattingly) dissèque les résultats électoraux des counties sur son magic wall, son écran magique, c’est absolument hypnotique. Et pour tout dire, je dois admettre une pointe de jalousie : j’adorerais disposer d’un écran similaire pour analyser l’évolution des votes dans le canton de Beaumont, qui fait partie de l’arrondissement de Thuin, lors d’une prochaine soirée électorale chez nous.

Passée cette fascination, on est évidemment consterné. En temps normal, voir une participation fortement augmenter d’un scrutin à l’autre, c’est très positif. Voir un candidat obtenir le record historique de votes pour un prétendant à la Maison Blanche, il n’y a pas mieux pour s’offrir une légitimité. Mais nous ne sommes en temps normal. Donald Trump tient la dernière de ses promesses : ne pas jouer le jeu démocratique et refuser, avant la fin des comptages, le résultat des urnes. Ce n’est pas une surprise, mais ça reste tout à fait consternant.

L’attrait pour l’autoritarisme

En 2016, lorsque Donald Trump remporte l’élection, personne ne voit venir le Brexit, on ne se doute pas que le populisme va très fortement s’établir un peu partout (bien qu’il n’ait pas attendu Trump pour s’implanter), même chez nous. Peut-on penser que cette potentielle défaite aujourd’hui signe la fin de cette parenthèse trumpienne ? On pourrait l’espérer, mais c’est très peu probable. Eddie Glaude Jr., un professeur de Princeton, disait sur Twitter : "Le prétendu scandale moral qui a entouré la présidence de Trump n’a pas entraîné de changement substantiel dans son soutien républicain. En fait, il a élargi sa base parmi les électeurs blancs. Trump continue de s’épanouir à l’intersection de la cupidité, de l’égoïsme et du racisme." On pourrait rajouter les velléités antisystèmes, anti-élite, même si elles sont représentées par un milliardaire…

C’est assez simple, pour les commentateurs comme nous, d’avoir une morale supérieure, de regarder avec mépris ces gens qui votent pour Trump, ou chez nous pour le Vlaams Belang. Ce serait une grave erreur. Les votes populistes sont nombreux et ils profitent de la fatigue de nos démocraties et des choix par défaut. Même dans son camp, Biden est un choix par défaut, contre Trump. Chez nous aussi, le gouvernement fédéral De Croo est un choix par défaut. Et ces choix par défaut renforcent la volonté d’une partie de l’électorat pour le trumpisme. Dans un livre sorti cet été, Authoritarian Nightmare, le professeur en psychologie Bob Altemeyer et John W. Dean, un ancien collaborateur du président Reagan, ont étudié l’appétence pour l’autoritarisme dans l’électorat américain. La conclusion est simple : plus le soutien à Trump est élevé, plus l’attrait pour l’autoritarisme est fort. Plus près de chez nous, en France, il y a deux ans, un sondage montrait que 41% des répondants étaient favorables à un pouvoir politique autoritaire. La question était un petit peu tendancieuse, mais tout de même, ça nous dit qu’il existe un attrait pour l’autoritarisme, le mensonge, le sexisme, etc. A celles et ceux qui pourraient penser que Donald Trump est un accident de l’histoire, détrompez-vous. Son idéologie politique est toujours présente et il faudrait un miracle pour qu’elle disparaisse dans les années à venir.

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