Un week-end, deux campagnes

Un week-end, deux campagnes
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Ce week-end, la campagne s’est d’abord jouée dans la rue. Et d’abord à Anvers où au moins 15.000 personnes ont marché, dans le silence, contre les violences sexuelles. Une marche d’hommage et de protestation organisée après la mort de Julie Van Espen. 15.000 personnes avec un message très simple, « dé-politisé » : « Ça suffit ». Autrement dit, il faut que le politique n’ignore plus l’ampleur des violences faites aux femmes. Un message très digne, très rassembleur, avec lequel tous les partis politiques seront évidemment d’accord, de droite comme de gauche, au pouvoir ou dans l’opposition. Du coup, la campagne ne devrait pas s’en trouver chamboulée. Mais par contre, le fait que l’hommage à Julie Van Espen se soit transformé en marche contre les violences faites aux femmes est en soi un message aussi simple que fort : les temps ont changé. Il y a 10 ans, ce genre de marche aurait réuni quelques centaines de personnes en colère demandant la castration chimique ou des peines incompressibles. Aujourd’hui, ce sont des milliers de personnes qui demandent une prise en compte globale, un changement de mentalité.

Le silence de la foule est un message très fort aussi. Il n’y a plus rien à dire, on a assez débattu de ce sujet, de metoo, de Weinstein, de féminicides. Comme pour le climat, la rue demande de l’action. Comme pour le climat, la lutte contre les violences faites aux femmes est en train de devenir une forme de nouvel horizon de notre espace politique, une nouvelle urgence aussi.

D’Anvers à Bruxelles

A Bruxelles, une manif plus politique était organisée par l’association de gauche Hart Boven Hart. La rue donc encore qui tente de s’imposer à l’agenda. 15.000 personnes là aussi. Avec une ligne : demander, exiger en même temps la justice sociale et la lutte contre les changements climatiques. On est loin des manifestations de l’hiver où près de 100.000 personnes s’étaient déplacées. Mais l’horizon climatique est toujours bien là.

Partis en campagne

A côté de la rue, les partis ont leur propre agenda. Le PS notamment qui tenait un meeting. Et l’horizon du PS, c’est le social et le pouvoir d’achat, avant toute autre priorité, y compris le climat. C’est le message de Paul Magnette qui est allé le dire, et c’est assez rare, à la VRT. Là-bas, les considérations stratégiques ont vite pris le dessus dans les questions des journalistes. Là-bas, questionné sur la possibilité que le PS et la N-VA s’allient, il n’a pas fermé la porte. « Non, le PS n’a pas de veto, à l’égard de la N-VA. » Ha bon ? Pourtant, en décembre, le même Paul Magnette disait à la RTBF « en aucun cas ne vouloir s’allier avec la N-VA ». Ce qui ressemblait fort à un veto. Voilà qui créer un flou. Paul Magnette a donc dû préciser : « Non, nous ne négocierons pas avec la N-VA. Nous ne voulons pas parler de confédéralisme et nous ne voulons pas perdre de temps ». L’absence de volonté est-elle un veto ? Vous avez 30 minutes.

Enfin, stratégie encore à la VRT, Charles Michel n’a fermé lui aucune porte. Il est prêt à rempiler au 16 si c’est pour faire du socio-économique. Voilà, un dimanche, deux campagnes, deux niveaux du débat public, deux dimensions qui ne cessent depuis la naissance de la démocratie de s’entrechoquer, de s’influencer mutuellement. La rue, les partis, les partis, la rue. À moins de deux semaines du scrutin, toute la question c’est de savoir si les partis et la rue vont se retrouver ou s’ignorer.

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