Un salon en pleine dissonance cognitive

Un salon en pleine dissonance cognitive
Un salon en pleine dissonance cognitive - © Tous droits réservés

La voiture n’a jamais été un sujet aussi politique. Regardez comment le mouvement des gilets jaunes a commencé en France et chez nous, par une grogne contre les taxes sur les carburants. Ce n’est pas un détail. L'usage de la voiture est au cœur de multiples débats de société. Entre le dieselgate, la préoccupation pour le climat, la pollution de l’air, les tunnels bruxellois, le coût des embouteillages. La mobilité (et la voiture donc) grimpe dans les préoccupations des citoyens. 

Dissonance cognitive

Nous vivons avec l’automobile une dissonance cognitive collective. Il y a eu plus de monde le premier week-end du Salon de l’auto que lors de la grande marche pour le climat de décembre. 116 000 personnes au Salon, 75 000 pour la marche pour le climat de décembre, 12 000 étudiants dans la rue la semaine passée. Evidemment, ce ne sont pas les mêmes démarches. L’une est militante, l’autre est consumériste et passionnelle. Peut-être même que l’on peut marcher pour le climat et aller au salon de l’auto, choisir un véhicule peu polluant et l’utiliser de manière raisonnable. Peut-être bien. Mais voilà exprimées deux préoccupations opposées. En même temps, une mobilisation climatique majeure et en même temps un appétit consumériste record. Face à ça, le politique est, il faut bien l’avouer, un peu perdu, écartelé. Il essaye de ménager les marcheurs. Qu’ils soient dans les rues pour le climat ou dans les travées du Salon.

Accélération des décisions

Le politique agit malgré tout. Il y a eu beaucoup de décisions qui ont touchées la voiture ces dernières années. Il y a une accélération liée surtout au dieselgate et à la qualité de l’air. En quelques années, le diesel a été taxé au même niveau que l’essence. Bruxelles, Anvers et d’autres villes encore interdisent désormais l’accès au centre aux voitures les plus polluantes. On a vu fleurir la taxe kilométrique pour les camions et on sent bien, surtout au nord du pays, que l’on souhaite l’étendre aux voitures. En Wallonie, un décret vient d’être voté qui interdit progressivement les moteurs les plus polluants d’ici une dizaine d’années. Oui cela bouge, même si plusieurs mesures sont opportunistes et budgétaires. Il reste que lentement les constructeurs et les citoyens sont placés face à leur responsabilité environnementale. Même si cela peut paraître lent aux yeux des plus militants.

Tabous

Dans ce climat de dissonance cognitive, il y a au moins deux tabous qui vont se retrouver une nouvelle fois interrogés durant la campagne. D'abord, la voiture de société, symbole de réussite sociale et niche fiscale. Ensuite, la taxation au kilomètre. L'idée de taxer l’utilisation plutôt que la possession d’un véhicule. La Flandre et Bruxelles y sont plutôt favorables. Les employeurs aussi pour faire diminuer le temps passé dans les bouchons. Mais ça cale en Wallonie, pour des raisons sociales, culturelles et géographiques.

Si on veut aller dans le sens de la responsabilisation, il faudra s'attaquer à ces deux tabous. Pourtant, il y a peu d'espoir que ce soit le cas. Parce qu’il faut associer ces mesures impopulaires à une “réponse globale en terme de mobilité”. Il faut créer un horizon nouveau qui permette au plus grand nombre d’imaginer qu’un effort individuel et collectif peut amener une meilleure qualité de vie. Or, rien qu’à prononcer “réponse globale en matière de mobilité” la moitié d'entre vous a sans doute ri ou haussé les épaules. Et vous avez raison. Car, en matière de mobilité, nous avons été incapables de réussir les défis d’hier, comme celui du RER, comme celui d’une SNCB qui améliore sa ponctualité. Si les réponses aux défis d’hier restent des éternels chantiers inachevés. Comment imaginer réussir les défis de demain ? Cette réponse les partis qui gèrent ou ont géré ces matières sont bien incapables de la fournir aux électeurs. Car la seule vraie solution se trouve dans l'efficacité. L'efficacité de l’offre de mobilité et donc des services publics de transport. Et l'efficacité ne se gagne pas en trois mois.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK