Un premier ministre enfermé dans son rôle. 

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Charles Michel a donc présenté son pacte national pour des investissements stratégiques. Il était dans son rôle, totalement dans son rôle, enfermé dans son rôle aussi.
Premier rôle d’un chef de gouvernement, celui de tenter de tracer une feuille de route, de faire de la prospective, de se projeter à long terme sur les besoins du pays alors que l’on reproche à tour de bras aux politiques d’être rivés sur le court terme. 
Il est également dans son rôle quand il essaie de regrouper autour de cette feuille de route les énergies, les forces vives, les régions et communautés de ce pays. Même s’il n’y est pas arrivé. Proximité des élections oblige, les deux ministres présidents socialistes ont boycotté la fête.
Il est également dans son rôle quand il communique. Bien que le PS le lui reproche beaucoup, il lui revient en effet de convaincre, d’emmener, de tirer les énergies vers un objectif commun. 
Charles Michel était donc pleinement dans son rôle hier, mais sans doute, aussi enfermé dans son rôle. 

Pourquoi enfermé dans son rôle ? 

Parce qu’il s’est enfermé tout seul hier, dans le rôle que ses adversaires veulent lui faire jouer. Celui d’un Premier ministre des patrons. Sa formule, “Faire de la Belgique un Eldorado pour investisseurs”, est assez éloquente. On se demande bien pourquoi, au fond, il n'a pas dit qu'il voulait faire de la Belgique un Eldorado (tout court). Un Eldorado pour tout le monde. 

Pour lui, l'objectif de ce pacte est de créer des opportunités pour les investisseurs. Le choix est pleinement assumé. Le comité stratégique qui a écrit cette feuille de route est exclusivement composé de patrons et ou de représentants patronaux. 

Au fond, l’idée du Premier ministre est que ces investissements vont créer de la prospérité pour tous, il l’a d’ailleurs affirmé hier. Mais il n’en reste pas moins vrai que pour le Premier ministre, la prospérité pour tous se crée d’abord par de la prospérité pour les investisseurs. Charles Michel n’est pas seulement un Premier ministre, c’est un Premier ministre libéral d'un gouvernement de centre droit. Il était encore une fois pleinement dans son rôle. De manière assumée, il n'a pas tenté d'adoucir son image. 

En assumant à ce point son libéralisme, il a aussi donné à ses adversaires l’occasion de se renforcer dans leur rôle. Autrement dit, l’occasion à la FGTB de pointer sa proximité avec la FEB, au PS de parler de "propagande", à Ecolo de parler d’une "communication de campagne", et au PTB de "poudre aux yeux". 

Un mois avant les élections. Il n’y a plus de long terme, de consensus, d’intérêt général ou de cause nationale qui tiennent. Il n’y a plus que la campagne, où chacun est dans son rôle. Quitte à devenir prisonnier, devenir l'otage de son propre rôle.

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