Un ou deux conseils en passant...

Un ou deux conseils en passant...
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On a adoré tout à l’heure l’idée qu’un conseil communal puisse être traumatisant pour un enfant. Vous ne me croyez pas ? C’est pourtant passé au " 13 heures ". C’était l’avocat des parents du petit Damien qui disait cela, après que la famille avait été jusqu’au Conseil d’Etat pour réfuter l’idée que le gamin s’astreigne à l’écriture d’une rédaction sur le thème " Je ne dois pas toujours suivre les mauvais conseils de mes petits camarades ".

Il s’agissait là de ce que l’on appelle encore aujourd’hui une punition, qui suivait de près un rituel de strangulation entre enfants, dans les toilettes d’une école communale, vous avez j’imagine suivi cela, avec le petit Damien qui tenait la porte tandis que deux comparses s’occupaient manu militari de la gorge d’un bouc émissaire, d’une victime expiatoire, enfin bon, d’un petit camarade de classe.

Les arguments de l’avocat — qui ont servi donc jusqu’au Conseil d’Etat — sont épatants : on ne peut pas punir le gamin deux fois et la rédaction est de trop puisqu’il avait déjà assisté à un conseil communal.

C’était à Givry, commune de Quévy, 19 conseillers et membres du Collège — jolie commune entre nous soit dit, on s’y arrêtait longuement du temps que le train de Paris était lent et patient, ça nous faisait notre nuit — et le conseil communal avait en effet trouvé l’affaire assez grave pour convoquer les enfants. Un geste salutaire dira-t-on dans ces moments où les parcours d’intégration font débat.

Mais une chose donc apparemment traumatisante qu’un enfant de cet âge n’est pas en capacité de comprendre ont jugé les parents, et d’autant plus si cette séance est assortie d’une punition, d’un truc à écrire noir sur blanc avec les mots de son âge, pour réparer un peu et montrer qu’on a compris, même si on n’a rien fait que " de tenir la porte ". Il est vrai que deux membres de ce Conseil communal portent le sacré patronyme de Dieu — Camille et  Eric de leurs prénoms —, mais on doute cependant que cette comparution ait valu jugement dernier.

Les parents étant juristes, ils ont jugé qu’un tribunal pouvait défaire ce qu’un conseil avait fait et ont pour la circonstance pris un conseil, un avocat donc, qui a plaidé la cause avec un insuccés méritoire jusqu’au Conseil d’Etat.

Que de conseils dans cette affaire ! Jusqu’au titre de la rédaction  — " Je ne dois pas toujours suivre les mauvais conseils de mes petits camarades " —  dont pas plus tard que tout à l’heure, une auditrice me demandait ce que pouvait bien vouloir signifier ce " toujours " —est-ce que suivre parfois les mauvais conseils eût été plus recevable ?, mais cela, chère Madame, ce serait le sujet d’un dissertation et non d’une rédaction.

Allez hop, ne transigeons pas. Ce gamin a déjà été suffisamment puni par l’obstination de ses parents à défendre l’indéfendable : une porte, doit être ouverte ou fermée aurait dit Alfred de Musset, qui ne disait malheureusement rien de ceux qui " ne font que la tenir ".

Aux parents cependant, une proposition de bafouille : " Il vaut mieux suivre les conseils du Conseil plutôt que les conseils de mon conseil ", signé l’Etat.  Ou bien alors, au choix, un autre thème : " Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine, mais en qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue ", signé Albert Einstein. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

 

Paul Hermant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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