Un instant de vacarme

Un instant de vacarme
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Où en étions-nous donc restés, depuis le temps qu'on ne s'est pas parlé ? Quinze jours dans le cocon d'un printemps dur à naître et qu'est-ce qui s'est passé durant cette trêve de Pâques à part le Titanic qui a coulé il y a cent ans ?

Hé bien, quinze jours de minutes de silence, je dirais. Cela fait un moment en effet que l'on observe que ce pays se fige de plus en plus. De deuil national en recueillements collectifs quelque chose s'arrête, quelque chose est arrêté : la grève même semble aujourd'hui la forme achevée de la communication publique de l'émotion.

Et comme elle fut exemplaire, n'est-ce pas, cette sorte de diagonale tracée dans l'actualité entre le meurtre d'un superviseur des transports publics, le malaise des prisons criminogènes et les évasions violentes que l'on y tente et que l'on y réussit. Comme si nous progressions pas à pas dans la découverte des causes des conséquences, comme s'il nous fallait commencer par la fin pour comprendre le début.

Nous avons déjà parlé ici même de ce surmoi collectif qui nous manque, remplacé par un tout à l'ego qui fait de la satisfaction immédiate des instincts la valeur cardinale de gens à qui personne n'apprend plus à mettre la main devant la bouche quand ils toussent.Et on se dit qu'une société qui veut le rester se devrait au moins d'occuper un peu de son temps et de son énergie à en revenir à ce que l'on appellerait aujourd'hui son "core business", à faire donc son métier, et à apprendre et à pratiquer la vie en commun plutôt que de montrer toujours qu'elle préfère ceux qui se préfèrent.

Plaçons ici, si vous le voulez bien, le roi d'Espagne parti ces jours-ci au Botswana chasser un éléphant à 30.000 euros les défenses et ça ne trompe pas énormément les Espagnols qui se demandent bien si quelqu'un lui a jamais appris à mettre la main devant la bouche quand il tousse et que toute l'Espagne a la grippe.

Que vient faire dans ce tableau Juan Carlos, me direz-vous ? Illustrer, sans doute, cet exemple qui vient d'en haut et cette façon de faire qu'ont ceux qui se préfèrent. Avec ça, que voulez-vous faire ? Comment vivre encore ensemble dès lors que tout nous enseigne à se choisir ?

Hé bien, c'est simple : ce que nous choisissons c'est de "renforcer la sécurité". C'est un beau mot, le mot sécurité. Il est très beau par exemple dans "sécurité sociale". Mais pourquoi donc avons-nous l'impression que cette sécurité là qui entend prémunir ne vaut plus l'autre qui voudrait punir ?

Et c'est là que l'on se dit que l'on voudrait bien pouvoir troquer une minute de silence pour la sécurité contre un instant de vacarme pour l'audace. Allez , belle soirée et puis aussi bonne chance..

Paul Hermant

 

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