Tueries du Brabant, une génération de déni

Bertrand Henne
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L’enquête sur les tueries du Brabant se politise. Le ministre de la Justice est interpellé aujourd’hui à la Chambre. Koen Geens vient répondre aux interpellations des députés. Et l’enjeu derrière tout cela, c’est plus que cette vieille affaire. C’est le rapport que nous tous avons avec l’État, ce contrat tacite qui veut que les citoyens délèguent le monopole de la violence à l’État pour qu’en retour, il protège leur personne et leurs biens. Ce rapport a été profondément, durablement, entamé par les tueries du Brabant.

Notre affaire Kennedy à nous

Dans cette affaire, la justice n'a pas été capable durant 30 ans de faire connaître la vérité, ni le monde politique avec une commission d’enquête. Pour prendre une comparaison, les tueries du Brabant, c’est notre assassinat de Kennedy à nous, belges. Comme l'assassinat de Kennedy aux USA, cette incapacité à faire éclater la vérité a profondément entamé l’autorité de l’État pour au moins une génération. Précisément, la génération qui, quelques années plus tard, a été confrontée à l’affaire Dutroux. La Belgique est entrée dans l’affaire Dutroux avec une méfiance envers ses institutions héritée des années 80. Et elle en est ressortie aussi dubitative. Le temps est passé, la méfiance est restée. L’État, incarné par ses institutions judiciaires et policières, n’a jamais retrouvé le niveau de crédibilité qui était le sien avant.

Est-ce que la génération politique actuelle peut faire éclater la vérité?

Difficile à dire, reste-t-il suffisamment de faits, de preuves matérielles, d’acteurs en vie, pour faire avancer ce dossier?  Mais le fait qu’aujourd’hui on retrouve aux commandes de l’État, de la Justice et des services de sécurité, une génération renouvelée peut peut-être faire évoluer les choses.

Nous avons besoin de savoir ce qui s’est passé, surtout les familles de victimes, bien sûr, mais nous avons surtout besoin de savoir si cette vérité a été cachée.

Nous avons besoin de savoir si la vérité a été cachée pour protéger la gendarmerie de l’époque, ou si, plus simplement, c’est un gâchis indescriptible, un fatras d’incompétence et de malchance qui a conduit à ce fiasco.

Nous avons besoin de savoir si la génération au pouvoir dans les années 80 a été la génération du déni. Un déni destiné à éviter de salir l’État, mais qui a conduit à le fissurer en profondeur.

Il faut mettre les faiblesses de l’État au grand jour pour rétablir un peu de confiance

La nouvelle génération à la tête de l'État doit agir. Sinon, le risque, c’est que les tueries du Brabant ne soient plus affaire de justice, mais d’histoire. Comme l'a été l'assassinat de Julien Lahaut.

La vérité pour l’histoire est utile, indispensable, mais ne répare plus rien. Ici, il reste un tout petit espoir que la vérité rende un peu justice aux familles de victimes et aux citoyens. La génération aux commandes de l'État, notre génération, doit tout faire pour dénoncer les errements des précédentes. Notre génération devrait se souvenir de Sénèque : “Ôtez le respect de la justice et la bonne foi : nul gouvernement n'est durable.”

 

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