Tomorrowbelgium : le CODECO de la rupture

La route vers la liberté est tracée jusqu’en septembre. Le Comité de concertation d’hier restera comme l’un des plus importants de cette crise. C’est celui de la rupture avec les restrictions. Mais aussi de la rupture entre les autorités belges et les experts du Gems, qui les conseillent depuis des mois.

En effet, jamais les décisions d’un comité de concertation n’ont été aussi éloignées de ce que le groupe d’experts préconisait. C’est une rupture avec le passé, et cette rupture s’est concrétisée par l’isolement de Frank Vandenbroucke (Vooruit), ministre de la santé, à la table, et son absence remarquée lors de la conférence de presse. Pour le ministre de la santé, il fallait montrer qu’il était à la fois solidaire du gouvernement, mais aussi qu’il n’était pas sourd aux avertissements lancés par le Gems.

Prudence et politique

Dans une lettre envoyée au CODECO, le Gems insiste sur le fait que la vaccination est encore partielle, que le variant indien constitue une menace sérieuse, que le niveau de l’épidémie reste élevé chez nous. Ils résument : il existe un risque de résurgence rapide de la circulation du virus liée aux assouplissements déjà prévus et envisagés. Rapide, on parle du mois de juillet. Ils expliquent que du point de vue sanitaire, la comparaison avec les autres pays européens, généralement plus stricts que nous, se détériore. Il demande donc une approche prudente et réaliste. Inutile de vous dire qu’ils ont été déçus. Frank Vandenbroucke a bien plaidé dans leur sens mais cette fois, il s’est retrouvé isolé.

Fin du duo ?

C’est la fin du duo De Croo-Vandenbroucke. Ce duo qui, à quelques petites anicroches près, était resté très solide depuis la deuxième vague, s’est heurté à l’évolution de la réalité politique en Flandre. Ainsi Wouter Beke (CD&V), le décrié ministre flamand de la santé, retrouve de l’entrain. Il se félicite des très hauts taux d’adhésion aux vaccins dans le Nord. Il promet un feu d’artifice de piqûres pour le 11 juillet.

Jan Jambon (N-VA), ministre-président, a dû limer les dents de son lion depuis l’incendie de la deuxième vague qu’il était le seul à ne pas voir. Il échafaude et communique un plan pour la liberté avant toute décision fédérale. Il veut sauver les festivals flamands de la fin de l’été, qui pèsent d’un poids économique, symbolique et politique fort.

Le gouvernement flamand s’est lancé dans une reconquête de son influence et de son image. Il ne compte pas laisser les lauriers de la liberté au fédéral. Le fédéral c’est juste bon pour les restrictions. Pour éviter ça, Alexander De Croo, a senti le vent tourner. Dès dimanche il était lui aussi à l’offensive pour sauver Tomorrowland.

Les francophones heureux

Les partis francophones, eux, sont évidemment ravis. Même s’ils doivent bien constater que Tomorrowland pèse plus dans la décision que les mois de mobilisation du secteur de la culture côté francophone.

Et, ce n’est pas les partis francophones qui allaient rappeler au Premier ministre que c’est dans le Sud que la situation sanitaire est moins bonne, que l’hésitation vaccinale est plus élevée. Ils ne diront pas que c’est donc le sud du pays qui, du point de vue sanitaire, a le plus intérêt à la prudence dans la course à la liberté. Ils ne le diront pas, car côté francophone, les préoccupations de santé publique sont depuis plusieurs mois passées au second plan par rapport aux libertés. Le décompte des hospitalisations et des morts est devenu banal, il ne mobilise plus l’opinion.

Les décisions d’hier sont donc un pari politique optimiste. Un pari largement plus ambitieux que ce qui est annoncé par les autres pays européens. Un pari sur demain, Tomorrowbelgium.


 

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