Theo Francken, une certaine idée du laxisme

L’ancien collaborateur de Theo Francken qui avait revendu des visas humanitaires pour plus de 500.000 euros a été lourdement condamné hier par le tribunal de d’Anvers. Melikan Kucam écope de 8 ans de prison. L’affaire est donc grave. Mais elle ne semble pas écorner beaucoup l’image et la carrière de Theo Francken. Il continue d’être une figure incontournable de son parti, la N-VA, son étoile ne semble pas pâlir, et d’ailleurs il se présente à la vice-présidence du parti.

Un trafiquant au cabinet Francken

D’abord, pour bien comprendre, quels sont les faits établis par le tribunal ? Melikan Kucam, était conseiller municipal N-VA de Malines. Il avait été désigné par le cabinet de Theo Francken (N-VA) pour dresser des listes de candidats à une opération humanitaire de sauvetage des chrétiens assyriens depuis les zones de guerre en Syrie et en Irak. C’était donc un intermédiaire, mandaté par le cabinet pour scanner les familles et déterminer qui pouvait figurer sur les listes. Le tribunal a estimé qu’il a abusé de sa position pour soutirer de l’argent aux candidats à l’asile, au total quelque 522.500 euros. En d’autres mots, le cabinet de Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’asile, s’est adjoint les services d’un trafiquant d’être humains.

Theo Francken, se défend. Il condamne lui aussi très fermement les agissements de Melikan Kucam. L’ancien secrétaire d’Etat ajoute qu’il n’était pas au courant. Ce que le tribunal semble reconnaître. L’affaire s’arrête là, pour Theo Francken et pour la N-VA. A ce stade, il n’y a pas d’éléments pour remettre en cause la sincérité du ministre.

Theo Francken pas inquiété hier…

Pour autant, il y a de quoi s’étonner du peu de portée politique de cette affaire qui semble glisser sur Theo Francken. Il nous faut faire preuve d’un peu d’imagination. Cette affaire éclate suite à un reportage de nos confrères de la VRT au début de l’année 2019. Souvenez-vous, la N-VA vient de quitter le gouvernement Michel à propos du pacte de Marrakech en dénonçant le laxisme de ses partenaires en matière d’immigration.

Ayant déjà démissionné, Theo Francken n’a pas eu à résister à des éventuelles demandes de démission le concernant. Pourtant, même s’il n’était pas au courant des faits, sa responsabilité politique de secrétaire d’Etat aurait été lourdement interrogée. D’ailleurs Théo Francken le reconnaît assez facilement, puisqu’aujourd’hui, il ne doit plus répondre. Quelles sont les questions qui l’auraient mis en difficulté à l’époque ?

Comment se fait-il qu’il ait eu recours à un intermédiaire privé pour sélectionner des candidats à l’asile humanitaire ?

Comment expliquer qu’il y ait eu aussi peu de contrôle du travail de cet intermédiaire ?

Pourquoi son cabinet n’a-t-il pas géré ça lui-même ou avec l’administration ? N’était-ce pas là prendre un risque exagéré ?

L’abus de confiance de Mélikan Kucam n’a-t-il pas été possible qu’à cause de la naïveté du cabinet de Théo Francken en matière de contrôle des procédures d’octroi des visas humanitaires ?

…Et pas inquiété aujourd’hui

Aujourd’hui, alors que la sanction est tombée pour Melikan Kucam, Theo Francken semble toujours hors d’atteinte. Pourtant, cela ne va pas de soi. Imaginez la situation suivante.

Imaginez qu’aujourd’hui le secrétaire d’Etat à l’Asile Sammy Madhi du CD&V soit dans la même affaire sur les bras. Il est évident que la N-VA déclencherait un carpet bombing de communication pour dénoncer son adversaire.

Pire, imaginez si ce secrétaire d’Etat eut été francophone,

Pire encore si ce secrétaire d’Etat francophone eut été socialiste,

Pire encore si ce secrétaire d’Etat francophone eut été Ecolo,

Nous serions à coup sûr face à un travail de sape de l’opposition nationaliste flamande, et peut-être même de certains partenaires de la coalition qui se serait désolidarisé.

Non cette quasi-impunité politique ne va pas de soi. Car un trafiquant d’être humain a travaillé durant des mois pour le compte du cabinet du secrétaire d’Etat à l’Asile du Royaume de Belgique. Le tribunal l’a jugé. Mais les employeurs du trafiquant n’ont pas eu à rendre de comptes quant au laxisme et la mauvaise gestion qui ont permis qu’une telle chose arrive. Pour le citoyen belge, politiquement, personne n’est responsable.

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