Télétravail : c'est qui le patron ?

“Le télétravail c’est l’une des clés pour sortir de cette épidémie”, ce sont les mots d’Alexander De Croo, le Premier ministre. Le télétravail est normalement obligatoire, mais de moins en moins respecté. Le gouvernement a donc tapé du poing sur la table.

Enfin, "tapé du poing sur la table", Entendons-nous bien. Les fédérations patronales ont été invitées à une “discussion urgente sur le respect du télétravail obligatoire”. En clair, les patrons sont donc convoqués chez le Premier ministre. Et au bout du compte, la formule est éculée, le patron de la FEB, la fédération des entreprises de Belgique a évoqué des “discussions constructives”. Bref, le gouvernement montre aux patrons qu’il est le patron. Mais dans les faits, rien de neuf sous les giboulées de mars. L’obligation du télétravail dépend largement du bon vouloir des entreprises. La convocation est largement symbolique.

Contrairement à l’adage "quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt", l’analyste politique fait l’inverse. Il évite de regarder la lune reste concentré sur le doigt, le doigt d’Alexander De Croo qui pointe les grands patrons.

Diversion ?

D’abord le doigt fait diversion. En pointant les grandes entreprises, ce doigt veut démontrer aux secteurs qui souffrent le plus, aux indépendants et aux petits patrons de l’Horeca, de l’évènementiel, de la culture qu’il est juste et équilibré. Il veut montrer qu’il fait la leçon aux plus grands. Mais ce doigt ne trompe personne. Les grandes entreprises, les fédérations de l’industrie sont plutôt protégées des mesures de restrictions et la convocation en urgence au 16 ne va pas changer grand-chose.

Ensuite, si on regarde bien le doigt, on se rend compte qu’il est nerveux. Car les choses lui échappent. Il ne peut que sursauter ce doigt quand il s’arrête sur les données de mobilité en augmentation. Le télétravail s’érode. Autre élément chiffré, selon le rapport du groupe d’experts sur l’évaluation du risque les contaminations en entreprises représentent 40% des contaminations et ce devant les écoles. Enfin les contrôles réalisés par l’ONSS, depuis le 17 décembre, 13 000 contrôles, un cinquième des entreprises en infraction.

Or les patrons depuis quelques semaines demandent un assouplissement du télétravail. Au moins un retour d’un jour par semaine en mettant en avant les difficultés psychologiques des employés. Une demande que le ministre de l’Économie Pierre-Yves Dermagne avait plutôt bien accueilli évoquant lui aussi des assouplissements à venir.

Mais les hôpitaux se remplissent à nouveau de manière inquiétante. Alors le doigt du Premier ministre se lève, pour convoquer et prévenir, c’est trop tôt pour parler d’assouplissement. Et puisque les contrôles sont peu dissuasifs, le doigt convoque, le doigt pointe les grands patrons, et peut-être en passant son ministre de l’économie. Le doigt se lève mais ne frappe pas. Il s’agit de convaincre, de rappeler, pas de gronder.

Responsabilisation

Le Premier ministre n’est donc pas parti en guerre contre les patrons qui vont devoir s’autodiscipliner. Le doigt du Premier ministre demande de la patience, du courage quelques semaines de plus. Mais ce doigt, même bien intentionné, n’est plus aussi convaincant qu’avant. Car il passe beaucoup temps à colmater les fuites dans la gestion de la pandémie. Le télétravail c’est effectivement l’une de ces fuites. Mais il y a d’autres, la bulle de contacts s’éclate. Il pourrait d’ailleurs ce doigt pointer les trois présidents des partis francophones de son gouvernement. PS, MR, Ecolo depuis quelques semaines s’échinent à creuser des trous dans la coque de son bateau. Le doigt du premier n’a pas appelé Paul Magnette, Jean-Marc Nollet et Georges-Louis Bouchez à une “discussion urgente sur le respect de la ligne gouvernementale”.

Ce doigt-là peut-il vraiment pointer le télétravail, alors que les fuites dans l’organisation de la vaccination sont nombreuses ?

Pour toutes ces raisons, ce doigt levé du Premier ministre aux patrons avait quelque chose de bien intentionné et en même temps de vain et d’un peu désespéré.

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