Système confédéral sans le savoir

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Bart De Wever a donc échoué à jeter les bases d'une coalition fédérale de centre-droit. Un nouveau tour de consultations commence mais il apparaît que chez nous il est de plus en plus difficile de former un gouvernement fédéral.

Le système belge a cette particularité d’être à la fois très simple dans un premier temps et très compliqué dans un second.

Le système électoral à la proportionnelle apparaît le plus souvent comme le plus démocratique puisque il est censé refléter au mieux la diversité des opinions d’une société.

Eclatement

C’est en quelque sorte le citoyen qui distribue les cartes et c’est ensuite au parti à s’arranger entre eux.

Le système belge a été conçu à une époque où il n’y avait que trois voire quatre partis politiques. Aujourd’hui, ils sont 13 à disposer d’une représentation à la Chambre ! Et qui plus est, il n’y a plus aucun parti national (hormis le PTB) et chacun se fait en fait élire de son côté avant de se retrouver au niveau " central ". La Belgique est devenue la seule démocratie à fonctionner de cette manière. Sans que l’on ne dise, le système électoral est de facto confédéral. Chacun vote de son côté et puis on voit ce qu’on peut faire esnemble.

La notion de " famille politique " ne sert que le soir des élections quand il faut faire les comptes. Le MR n’a pas d’état d’âme à envisager une coalition sans celui qui était son " allié privilégié " durant la campagne, l’Open-VLD. En 2007, le PS est venu sauver une Orange-Bleu en capilotade en laissant son petit frère SP.A dans l’opposition et le CDH vient de démontrer que le CD&V n’était pas (plus ?) son mentor.

2ème tour opaque

Le citoyen vote, les partis entre eux négocient ensuite.

Dans ces conditions, le deuxième tour des élections devient un véritable casse-tête, surtout quand toutes les élections ont lieu en même temps. Cela va vite au niveau régional parce que deux partis suffisaient cette fois.

Au niveau fédéral, il faut de plus en plus composer avec des sensibilités différentes ; la Flandre penche nettement à droite et en Wallonie la droite pèse 30%.

Chacun a donc opéré au mieux de ses intérêts et de ses options politiques, laissant cette fois les libéraux sur le carreau. Le MR râle sur le PS… mais convient implicitement qu’il voulait gouverner avec lui, alors que socialistes et libéraux se sont caricaturés réciproquement durant la campagne.

En plus dans le système belge, il faut tenir compte des personnalités. En 1999, Louis Michel avait négocié le retour de son parti au pouvoir avant les élections. Ce que visiblement son fils n’a pas fait 15 ans plus tard, ne prenant même pas contact avec les FDF à Bruxelles. Le système belge est ainsi fait : ce n’est pas tout de gagner le premier tour, il faut se ménager des alliances pour le second. Ce que Louis Michel a su faire en 1999, Didier Reynders n’a pu le faire en 2007 ni Charles Michel en 2014.

Plus généralement, le système belge éloigne de plus en plus les partis les uns des autres et effectivement, le risque ( ?) de voir le fédéral n’être plus que l’addition des coalitions régionales existe. Mais n’est-ce pas finalement le destin de la Belgique ? La Belgique, ce pays qui fait déjà du confédéralisme sans le savoir…

 

Philippe Walkowiak

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