Stéphane Moreau, ce grand malade

Stéphane Moreau, ce grand malade.
Stéphane Moreau, ce grand malade. - © Tous droits réservés

Hier soir je buvais un Orval dans un vieux café hesbignon. Au comptoir la discussion va-et-vient sur les radars qui flashent trop, les taxes qui taxent trop, les politiciens qui gagnent trop et bien sûr Stéphane Moreau. Et là un monsieur qui a encore sa tenue de travail, dit : "Moreau a reçu un pognon de malade". Un peu sur le ton du président Macron qui parlait de "pognon de dingue" à propos des allocations sociales. Il a raison ce monsieur. Il n’y a pas un meilleur mot pour désigner ce à quoi nous avons à faire. Voici pourquoi.

Le cas Bellens

18 millions d’euros d’indemnités et de bonus sur deux ans, dont 11 millions pour le seul Stéphane Moreau. Est-ce que le montant est choquant en soi ? En fait, contrairement aux apparences, non. Quand un type gagne 11 millions d’euros à la loterie, pas grand monde ne trouve ça choquant. On devrait peut-être, mais on l’accepte. Mais on ne l’accepte pas de Stéphane Moreau parce qu’il est évident qu’il ne les mérite pas.

C’est déjà ce qu’avait relevé le député Dirk Vandermaelen (sp.a) au moment de la révélation du salaire de Didier Bellens, ancien patron de Belgacom en 2011. Le pire, disait-il, n’est pas d’être payé 2,6 millions d’euros, c’est de croire qu’on vaut 2,6 millions d’euros.

Celui qui gagne à la loterie sait qu’il ne le mérite pas, c’est juste de la chance. Alors nous l’acceptons assez facilement. Mais ici, Stéphane Moreau croit qu’il le mérite. C’est ça que nous la majorité nous ne comprenons pas. Comment est-il possible d’avoir un ego à ce point surdimensionné ? Comment croire qu’on mérite une somme pareille alors que tous les jours Stéphane Moreau a croisé des humains tout aussi méritants que lui qui nettoyaient son bureau ou conduisaient son taxi ? Quel mécanisme narcissique un esprit humain met-il en place pour justifier une telle inégalité ? Je n’ai pas la réponse, mais cet ego là est un ego malade.

Stéphane Moreau n’est pas le seul ego malade dans cette affaire. Il y a aussi les egos malades des autres managers et de ses amis placés au comité de rémunération : François Fornieri, Pierre Meyers et Jacques Tison.

Psychologie et politique

Notre indignation vient aussi de la manière dont les choses se sont passées. La première décision d’indemnité, celle de 2018, est prise pour éviter les effets d’un décret visant à plafonner la rémunération des dirigeants de structures publiques. Puisqu’ils touchent beaucoup plus que le plafond fixé par les élus du peuple et que les dirigeants de Nethys sont malades, ils pensent évidemment qu’ils sont victimes d’injustice. Alors ils se font verser des indemnités "de rétention" de 14 millions d’euros. "Rétention", le mot est important. Il s’agit de retenir le management dans l’entreprise suite à la baisse de salaire. "Rétention" alors que les élus du peuple ont demandé à l’unanimité en commission d’enquête que Stéphane Moreau s’en aille.

Le deuxième bonus intervient en 2019 : 5 jours avant l’élection. Alors que la méfiance envers l’élite grimpe en flèche, alors qu’il est acquis pour 99% de la population que Stéphane Moreau et ses amis ont outrepassé les règles et doivent partir, ces esprits malades s’octroient un bonus et des responsables politiques de l’époque, des "mains invisibles" laissent faire.

Nous ne savons pas ce qui se passe dans leurs têtes, mais cette maladie de l’ego s’accompagne de symptômes évidents : le cynisme et la paranoïa. Nous connaissons les conséquences de tout cela. Cette maladie de l’ego suit une logique prédation. Alors que le politique est censé nous protéger, c’est sa mission première, il a enfanté d’un prédateur d’argent public. Et ce prédateur, c’est sa nature, se bat pour sa survie.

Le gouvernement Wallon est aujourd’hui visiblement déterminé à le combattre avec détermination. Et on a des raisons d’espérer qu’il y arrive cette fois. Car ce gouvernement sait désormais qu’il joue aussi sa survie dans cette affaire. Car un grand malade, un prédateur ne renonce jamais. Ce sera Moreau ou le gouvernement.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK