Sophie Wilmès, la bonne nouvelle

Une des rares bonnes nouvelles de cette crise du Coronavirus c’est qu’il y a Sophie Wilmès. Hier, elle a prononcé un discours posé, calme, empathique, digne, plein de responsabilité, mais sans gravité. Bref, en 1 mot comme en 100 elle était "juste" Sophie Wilmès hier.

"Juste" car elle ne surjoue pas. On ne la voyait pas comme le président Macron prendre un certain plaisir à enfiler un costume de chef de guerre.

"Juste" car elle était hier, la première fonctionnaire de ce pays. Celle qui incarne l’Etat avant d’incarner autre chose, son parti ou un camp.

En quelques jours cette quasi inconnue dans la population est devenue le repère politique de 11 millions de personnes. Poussée par les circonstances bien sûr. Mais rares sont ceux et celles qui auraient pu mieux faire.

Première ministre jusqu’en 2024 ?

Sophie Wilmès est bien partie pour devenir une Première ministre solide pour quelques années. Peut-être jusqu’en 2024. Seul l’avenir nous le dira bien sûr. Il lui faudra de la chance sans doute en plus de ses qualités.

Car les critiques de la N-VA et du Belang sont très dures. Outrageuses parfois. Les “ceci n’est pas mon gouvernement” des jeunes N-VA et surtout la "Corona-dictatuur" de Théo Francken sont là pour rappeler que le nouvel exécutif n’est pas légitime aux yeux de tous les Belges.

Sophie Wilmès incarne ce rejet. Forcément. Mais elle résiste pourtant mieux aux critiques que les autres. Car elle a un atout majeur pour réussir. Elle n’est pas connue. Son nom n’est pas chargé de controverses et de polémiques.

Imaginez Charles Michel gérer cette crise après l’aventure suédoise. Après les échanges très tendus avec le PS ou le PTB.

Imaginez Paul Magnette gouverner, lui qui s’est largement mis à dos une partie de l’opinion publique en Flandre.

Imaginez Bart de Wever dans cette fonction aujourd’hui annoncer un confinement avec son air martial et méprisant pour les francophones.

Aucun de ces cadors n’aurait bénéficié d’autant de légitimité que Sophie Wilmès.

Première femme

Il y a un élément historique qui passe au second plan dans tout ça. C’est la première femme Première ministre d’un gouvernement de plein exercice. Dans ce contexte post-Me Too, c’est important et c’est là aussi une bonne nouvelle. C’est une première historique. Et l’histoire justement retiendra que c’est parce que les circonstances sont inédites qu’une femme est devenue Première ministre.

Les présidents de partis et les parlementaires ont dû s’incliner. Ce n’est pas faute du CD&V, du VLD et de la N-VA d’avoir essayé de la remplacer depuis quelques mois et encore samedi. Mais ils ont échoué. Et elle a réussi.

L’histoire retiendra que cette première femme Première Ministre a prononcé sa déclaration d’investiture devant un parlement quasiment vide. Cette image forte souligne bien que c’est parce qu’on est dans l’inédit que Sophie Wilmès a pu s’imposer aux mâles dominants de la politique. Et encore pour un gouvernement limité dans ses compétences qui redemandera la confiance dans 6 mois.

Et pourtant, les circonstances n’expliquent pas tout. Et le hasard non plus. Elle a résisté Sophie Wilmès. Elle s’est lentement imposée. Dans les partis concurrents, en tout cas côtés francophones, elle s’est fait respecter. Aujourd’hui le fait est qu’aucun parti n’était en mesure de proposer un ou une candidate qui incarne mieux qu’elle l’autorité de l’Etat.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK