Gestion de la crise du coronavirus : si vous n'aimez pas mon échec, j'en ai d'autres

Ce troisième confinement est-il un échec pour les autorités Belges ? Dès hier le débat s’est engagé, virulent. Ce sont en particulier les fédérations patronales du commerce et le MR qui sont passés à l’offensive.

Le Premier ministre était encore en train de parler que déjà, du côté du MR, le président dégainait ses tweets pour évoquer un triple échec, assumant encore plus qu’auparavant une stratégie d’opposition aux gouvernements auxquels il participe. Il n’était pas le seul, la fédération du commerce parlait, elle aussi, d’échec et d’inefficacité chronique de nos dirigeants. Et puis ce mot "échec", il est revenu en boucle sur les réseaux sociaux et certains éditoriaux, échec du modèle belge, échec de la vaccination, échec du testing, bref "échecs" au pluriel.

Autant il est évident que beaucoup de choses auraient dû mieux fonctionner ou être faite autrement, autant l’échec ne paraît pas si évident à identifier. Il n’est surtout pas évident d’identifier une cause principale.

Echec de Frank Vandenbroucke ?

Reprenons les choses dans l’ordre. Est-ce que ce serait l’échec de la stratégie menée par Frank Vandenbroucke et Alexander de Croo ? Une stratégie de restriction menée depuis novembre censée éviter une troisième vague. Ce qu’elle a réussi à faire jusqu’à la fin du mois de février.

Faut-il rappeler que cette stratégie a été validée par les Régions et les sept partis de la coalition fédérale ? Mais ce serait l’échec de qui ? Est-ce que c’est l’échec de Frank Vandenbroucke, partisan d’une approche assez stricte depuis des mois ? Ou est-ce que c’est l’échec de ceux qui œuvrent à limiter la portée des mesures ? Qui a échoué ? Pourquoi la bulle de 10 en extérieur revient-elle à 4 ? Pourquoi les commerces re-re-ferment-ils ? Qui est responsable de ces pas en arrière ? Ceux qui militaient pour ces pas en avant depuis des mois ou ceux qui freinaient ces pas en avant disant que c’était trop tôt ?

Echec du Codeco ?

Beaucoup pointent la confusion, le manque de cohérence des décisions d’hier. Indéniablement, cela est un échec.

C’est un échec mais de qui et de quoi ? S’il y a confusion, c’est parce qu’il y a sept partis à la cause qui ne sont pas d’accord et qui posent leurs exigences représentant des intérêts contradictoires du corps électoral.

La cohérence, c’est facile. C’est le confinement strict comme il y a un an. Ou alors ce n’est rien. Rien, ce qui revient à placer Charles Darwin au 16 rue de la loi.

Le confinement strict est très cohérent, mais injuste pour ceux qui habitent en ville, les familles nombreuses entassées dans des appartements. Un parti comme Ecolo a demandé, pour des raisons de justice, qu’il n’y ait pas de limitation de déplacements, que chaque Belge puisse prendre le train ou sa voiture et aller se détendre. Un parti comme le MR a demandé, pour des raisons de justice, qu’on épargne autant que possible les commerçants et les indépendants.

Ces exigences contradictoires produisent un confinement modulé, aménagé, mais qui est toujours injuste. On ferme les écoles, pas Ikea, c’est injuste. Même si peu de pays européens ont gardé leurs écoles aussi longtemps ouvertes que nous.

On ferme des commerces alors qu’on va voir des milliers de personnes sur la digue, c’est injuste. Oui c’est injuste. Mais c’est un équilibre des injustices qui a été préféré à d’autres. Un équilibre des souffrances particulièrement difficile à assumer. Tellement difficile que le MR ne l’assume pas.

Echec de la vaccination ?

En matière de vaccination l’échec paraît évident. Pourtant si on creuse un peu, c’est l’échec de qui ? De la Belgique ? De la Wallonie ? Malgré les couacs, la confusion, plus de 100.000 Wallonnes et Wallons ont été vaccinés la semaine passée, 130.000 devraient l’être cette semaine dans le timing prévu. Plus d’un million de Belges ont reçu une dose, nous sommes dans la moyenne européenne. Et si le rythme se maintient, on sera assez vite parmi les meilleurs.

Ceux qui hurlent à l’échec citent comme réussite les Etats Unis, Israël, le Royaume-Uni. Ils ont vacciné plus vite et plus tôt que nous. Mais ont tous connus une troisième vague terriblement meurtrière et des mesures de confinement au début de leur campagne.

L’échec se situe sans doute plus dans la disponibilité des doses. Là, nombreux sont "ceux qui sautent sur leurs chaises comme des cabris en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe" (feat. De Gaulle).

On peut supposer donc que la Belgique, malgré la puissance de son secteur pharma, ne va pas s’opposer au tournant protectionniste pris par la Commission. Une Commission qui a trop tardivement pris conscience de l’importance d’une souveraineté vaccinale. Non parce que le protectionnisme c’est bien, mais par nécessité politique. Si tous les autres disent "moi d’abord", alors l’Europe sera la dernière. C’est ce qui se joue aujourd’hui autour d’Astra Zeneca au sommet européen, et c’est un moment majeur pour nous tous.

L’évidence de l’échec ne veut pas dire que l’échec est si évident à déterminer. Et si on ne parvient pas à le déterminer c’est que peut-être l’échec n’est pas si évident que ça. L’évidence c’est que nous voudrions tous désigner un coupable idéal pour ce troisième confinement et bien sûr pas le virus lui-même. Mais cette profusion et cette confusion dans les accusations d’échec montrent qu’il est encore trop tôt pour identifier de manière claire qui a échoué et pourquoi. Si vous n’aimez pas mon échec, j’en ai d’autres, aurait dit Groucho Marx.

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