Seuls restent les restes...

Seuls restent les restes...
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Il y avait bien deux pages dans le Monde de ce week-end pour nous prévenir que Pompéi s’effondre. On le savait, on en avait entendu parler plus d’une fois et l’on avait noté, il y a quelques mois, la disparition de la maison des Gladiateurs, située dans la rue de l’Abondance. La rue de l’Abondance, bien sûr, ça ne nous avait pas échappé.

Depuis, il est vrai que l’on en parle moins. Les ruines tombantes de Pompéi ont accompagné la lente chute de Silvio Berlusconi et la longue montée de la crise italienne, c’était comme si elles en épousaient les contours. Pourtant, lit-on, pour un effondrement dont on parle, neuf maisons s’écroulent dans le silence. Berlusconi parti, reste la crise et reste Pompéi. Restent les restes de Pompéi.

Pompéi est ce que l’on doit appeler une catastrophe culturelle. Le site est quasiment à l’abandon. On peut le piller à l’aise. Un historien de l’art raconte avoir fait cette expérience étrange de se filmer dans une villa déserte en train de crier " au voleur ", sans que personne jamais n’intervienne.

Pompéi est mafieuse aussi. C’est la mafia qui régule les marchés. Qui les accapare. Des tas de choses sont ainsi construites qui ne servent à rien, tandis que le reste s’écroule tant le ratio financier de leur entretien ou de leur rénovation est faible.

De sorte que l’on parle aujourd’hui d’une mise sous tutelle européenne de cette ville, palliant par des subventions communautaires la baisse drastique des budgets culturels italiens. Avec ces 100 millions européens alloués à la préservation de ce qui peut encore l’être, Mario Monti voudrait faire de Pompéi le très paradoxal emblème de la relance du pays. Enfin, va-t-on dire, il voulait…

Car comme elle était étrange aussi, cette lecture de la décadence de Pompéi quand elle croisa l’annonce du tremblement de terre en Emilie-Romagne, avec ses victimes, son patrimoine détruit et sa Ferrare meurtrie…

Là, c’est souvent médiéval et renaissant : nous sommes à l’envers de Pompéi et de sa mafia, sur des terres qui connurent la Ligue du Nord et Umberto Bossi avant qu’il ne tombe pour d’autres sortes de malversations financières, mais les mêmes.

De sorte que cette catastrophe naturelle raconte finalement une histoire parallèle à celle de la catastrophe culturelle. Là aussi on appelle à l’aide car un récent décret du gouvernement Monti dégage l’Etat de toute obligation d’intervenir encore financièrement en cas de séismes, d’inondations ou d’éruptions…

On dirait alors que c’est tout un pays qui est donné à lire au travers de ces fracas et de ces fissures, l’état d’un Etat qui craint la faillite et qui faillit. Dont on dirait qu’il en a assez d’écrire son Histoire. Comme si son patrimoine lui pesait, lui qui cherche aujourd’hui de la menue monnaie, avec son PIB contracté et ses dettes à régler.

Comme elle est loin, en effet, la rue de l’Abondance. Mais comme elle est pourtant proche Pompéi. Hier l’Aquila, aujourd’hui Ferrare : on dirait que les ruines, c’est tout ce que l’Italie voudrait léguer au monde. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

 

 

 

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