ROCK WERCHTER DAY 3 : Les larmes du Diable

Mélanie De Biasio et son atmosphère feutrée.
Mélanie De Biasio et son atmosphère feutrée. - © © RTBF – David Salomonowicz - 2014

Drôle de journée entre tension d’avant-match, déception post-défaite et mélancolie réparatrice. Une journée en montagnes russes émotionnelles. Verdict de la troisième journée.

Marée rouge et... orange sur la plaine. Nos voisins hollandais, très nombreux au festival, jouent en effet eux aussi en soirée et ça se chambre gentiment. Rendez-vous en demi, etc… Au niveau musical, la journée sera quant à elle très largement américaine parsemée d’assez jolies pointes belges.



Les Texans de Midlake ouvrent le bal avec leur sublime spleen en provenance des grandes plaines US. Au niveau harmonique, le sextet a peu de leçons à recevoir et le nouveau chanteur Eric Pulido qui avait la lourde tâche de remplacer le charismatique Tim Smith s’en sort plus que bien. De l’intelligence à revendre et une classe décontract’. La journée commence on ne peut mieux.



Autre représentant ricain en provenance du Connecticut,Tune Yards investit le Klub-C et propage sa musique ovni ultra-colorée au propre comme au figuré. La chanteuse Merrill Garbus, cerveau du projet, est comme à son habitude bariolée et maquillée et elle est cette fois accompagnée de choristes eux aussi déguisés et déjantés. Sa musique part dans tous les sens, avec des superpositions de percussions, d'influences africaines et l’emploi de boucles pour agrémenter encore la sauce. C’est du coup parfois très (trop) chargé, mais c’est vraiment très original et la chanteuse est habitée d’une saine folie créatrice.



Les échos nous arrivant d'Ozark Henry sont bons et il est vraiment difficile de se frayer un chemin dans la Barn étant donné l’immense sympathie récoltée par le Courtraisien. Venu défendre son 7ème album Stay Gold, il aura aussi joué de l’effet d’appel de la proximité du chapiteau voisin qui accueille la partie à 18 heures.



Le Klub C se remplit en effet étrangement tôt et devient rapidement un chaudron rouge bouillant. Arme à double tranchant pour la carolo Mélanie de Biasio qui doit du coup tenter d’imposer son ambiance intimiste si particulière dans une atmosphère grandissante de buvette de foot. Difficile pari réussi malgré tout avec brio. Pas le lieu, choc des cultures, mais de l’élégance et de la grâce vocale. Chapeau bas.

 

L’écran géant s’installe, vous connaissez la suite. Le seul réconfort d’être éliminé par Messi & Co dès la fin du temps réglementaire, c’est qu’on pourra voir l’intégralité du set des Black Keys. Mais la plaine est sous le choc, comme après avoir reçu un gros coup sur la tête. En plus, entre en jeu un autre facteur qui vient renforcer le désarroi, les " larmes du Diable " comme le dit ce proverbe moldave ou burkinabé (ma mémoire me fait défaut). La pluie comme une métaphore de notre tristesse de ne pas continuer ce si beau parcours.

 

Même la musique du duo de l’Ohio a du mal à nous remonter le moral. Pourtant, c’est du lourd. On a beau avoir été un peu déçus par leur récent album Turn Blue, ça sonne quand même toujours bien les Black Keys. La fin du set nous extirpe même à nouveau des rictus de soleil grâce notamment à Tighten Up et Lonely Boy, mélopées positives malgré l’ironie des paroles. Carney et Auerbach ont presque l’air déçus pour nous et ont fait le job pour nous faire redonner quelque peu le sourire.


On court pour voir les derniers instants de la divine danoise Agnès Obel victime de la simultanéité avec les Américains et on se dit que sa musique mélancolique (mais sublime à l’image de son fantastique album Aventine) aurait pu nous faire replonger dans des pensées noires (jaunes, rouges). On sera là la prochaine fois qu'elle passe, c'est sûr.

 

Au final, quoi de mieux pour terminer de se consoler qu’un de nos groupes préférés nommé Pearl Jam, combo formateur de nos émois rock n’ roll juvéniles.

 

Dès l’entame de leur set marathon de 2 heures 30, des piqures d’adolescence au cœur comme Rearviewmirror, Animal ou Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town, rappels s’il fallait de la force de l’album VS. sorti il y a un peu plus de 20 ans.

 

Malgré les années, une énergie rock indélébile, preuve avec des morceaux plus récents comme Lightning Bolt, ou Mind your Manners. Les 5 comparses ont surtout toujours l’air d’autant prendre du plaisir sur scène et leur complicité se ressent dans chaque improvisation. Mais Pearl Jam, c’est avant tout un leader emblématique, Eddie Vedder, formidable frontman à la générosité et l’humilité communicatives.

 

Quelques mots dans un flamand très approximatif finissent de conquérir la plaine tout comme les superbes versions de Even Flow, Alive et Better Man. Au niveau des surprises, ils font monter les mecs de Midlake sur scène pour reprendre Rockin’in the Free World de Neil Young et rendent hommage aux Pixies qui jouent en même temps à la Barn en ponctuant Porch par Where is my Mind ?

 

Notre esprit à nous est encore chargé de quelques larmes de Diable, mais Eddie et ses troupes nous ont offert une réconfortante troisième mi-temps. La thérapie par la musique…

 

À demain

 

David Salomonowicz

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