Robespierre, le PS et Emir Kir

Robespierre, le PS et Emir Kir
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L’exclusion d’Emir Kir, marque un tournant au PS. Et même au-delà. Il faut d’abord constater que le vent tourne. Dans l’affaire Publifin, le gouvernement wallon ne lâche plus Stéphane Moreau. Un simple “échevin” de Neupré a été exclu pour des propos racistes envers les Roms. Aujourd’hui un poids lourd de la politique Bruxelloise passe à la trappe pour avoir rencontré des bourgmestres Turcs d’extrême droite. Le PS semble être devenu plus intransigeant en matière de gouvernance.

A la Bastille !

C’est une petite révolution, une prise de la Bastille. Souvenez-vous des propos de Paul Magnette à propos des” affairistes” il y a quelques mois. Il disait qu’il allait être un président “Robespierre”.

Il faut croire que ce souffle de 1789 est passé dans les commissions de vigilance du parti. Elles se sont investies en Fouquier-Tinville par deux fois en quelques jours. Fouquier-Tinville, accusateur public de la révolution française qui aurait fait trancher 2000 têtes en un an. Parmi les têtes qui ont roulé, celle de Robespierre… Et la sienne aussi. Fouquier-Tinville l’accusateur, mort d’avoir trop accusé.

Fouquier-Tinville. À court terme, le PS perd un bourgmestre, un député fédéral, et un député régional d’origine turque qui a lâché le parti hier. Il reste trois élus socialistes d’origine Turque qui en fonction de leur fidélité au parti ou à Emir Kir pourraient faire perdre au PS son statut de premier parti Bruxellois.

Fouquier-Tinville. Bourreau et victime de guerre de clans entre révolutionnaires. Ahmed Laaouej le nouveau patron et Emir Kir n’étaient pas dans le même clan. La fédération du PS Bruxellois s’est une fois de plus divisée.

Fouquier-Tinville avait la main lourde mais instruisait avec la main légère. Ici les commissions de vigilance sont autonomes. Elles ont visiblement pris leur temps. Et ont tranché. La guillotine c’est l’exclusion du PS.

Le risque d’avoir des principes

Le PS de "Robespierre-Magnettte" prend un risque. Emir Kir est un symbole pour bon nombre de Turcs de Belgique. Un symbole de réussite. Un électorat important pourrait donc fuir le PS qui hériterait de l’image d’un parti hostile aux musulmans et à la diversité. Or, on l’a vu avec l’affaire du “tract écolo” en mai dernier. La gestion de la diversité est une question majeure pour les partis à Bruxelles.

Le cdH avait connu un contrecoup après l’exclusion de l’élue Mahinur Ozdemir. Devenue depuis ambassadrice de Turquie en Algérie. Le PS craint cette fuite d’électeurs et tente de diminuer la dimension "communautariste" du dossier. La machine de communication du PS tourne déjà à plein régime pour que cette affaire soit prise uniquement par l’angle de la résistance à “l’extrême droite”. L’affaire Kir est présentée comme un retour aux valeurs et aux principes.

Reste qu’il y a un risque. Mais où iraient donc les électeurs déçus de la décision du PS ? Chez Ecolo, au PTB, au MR chez DEFI ? C’est peu probable tant on pressent que cette décision prise par le PS va faire jurisprudence. Les partis ne pourront plus faire preuve d’indulgence en matière de respects des standards démocratiques. Cette prise de la Bastille lancée par le militant du PS qui a déposé plainte aura des répercussions dans tous les autres partis.

La chance d’avoir des principes

De ce point de vue, Emir Kir est la victime collatérale de la donne politique nouvelle. Le recul dans les urnes du PS, la montée du PTB, l’arrivée de Paul Magnette pousse le PS à se profiler comme un parti de "principes" et moins comme un parti gestionnaire. C’est d’autant plus visible dans la perspective d’une recomposition politique autour d’un front contre l’extrême droite et le nationalisme qui se dessine au fédéral.

Même si l’exclusion d’Emir Kir n’était pas l’intention première des leaders du parti, même si le PS subit ces événements, voilà les socialistes qui héritent d’une ligne plus claire. C’est souvent comme ça les révolutions. Elles arrivent là où on ne les attend pas.

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