Revoter ou pas en Belgique ? Ce que nous dit le cas espagnol

La Belgique politique devrait avoir un œil sur l’Espagne aujourd’hui. Les Espagnols viennent en effet de revoter sans avoir réussi à former un gouvernement. C’est aussi une possibilité qui est évoquée chez nous. Ce retour aux urnes faute d’accord entre les partis a la spécificité en Espagne d’être automatique. La constitution prévoit une procédure et un délai pour former un gouvernement. 

C’est aussi le cas en Grèce par exemple. Ce type de date butoir est parfois cité comme l’exemple d’une bonne pratique qui évite l’instabilité politique. Johan Vande Lanotte, a la fin de sa mission d’information avait d’ailleurs jugé que ce serait utile d’y réfléchir en Belgique.

Instabilité chronique

Si un délai évite de trop longues périodes de formation, évite de trop longues périodes d’affaires courantes, il ne règle pas le problème de fond. Depuis 2015, l’Espagne vit une période d’instabilité politique. Le bipartisme qui régnait depuis la fin de la dictature entre le Parti Populaire (PP) et le Parti Socialiste (PSOE) a volé en éclat.

Le parti socialiste s’est fait déborder sur sa gauche par le parti Podemos, le parti populaire sur sa droite par le parti Vox. Au milieu de deux grands, Ciuddadanos. Bref, une cure brutale de multipartisme et de fragmentation politique. Celle-ci reste pourtant modeste par rapport à la Belgique. Il y a aujourd’hui en Espagne 16 partis représentés au Parlement. C’est énorme. Mais avec 7 partis qui font moins de 3 sièges, 5 moins de 13 sièges, restent 4 grands partis qui disposent toujours de 80% des sièges ce qui est plutôt confortable.

Chez nous 12 partis sont représentés à la chambre (c’est donc moins qu’en Espagne). Mais les 4 premières formations politiques n’ont ensemble que la moitié des sièges. L’éclatement est donc encore beaucoup plus grand.

Le délai contraignant pour former un gouvernement ne permet pas de régler les problèmes en Espagne. Au contraire même, chaque nouvelle élection a approfondi encore la fragmentation politique, la montée de partis radicaux et confirmé la volatilité d’une partie croissante de l’électorat.

Lutte contre le vide du pouvoir

Pourtant l’idée d’instaurer un délai n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais ce n’est pas un outil qui permet d’éviter l’instabilité politique ou la fragmentation. Pour ça il faut plutôt réfléchir à des modes de scrutin plus majoritaires, mais ils ont beaucoup de défauts également.

En réalité, l’argument qui justifie le plus un délai contraignant est d’éviter un vide du pouvoir et un vide démocratique. Chez nous le gouvernement est démissionnaire et minoritaire depuis près d’un an. Le scrutin a encore renforcé sa faible légitimité. Or on pourrait se retrouver dans une situation de guerre de tranchée, des négociations qui s’embourbent, des partis qui s’enterrent.

 Avec au milieu ce no man’s land politique qu’est devenu le gouvernement fédéral durant des mois voire des années. Les principaux partis craignent autant les élections anticipées que l’exercice du pouvoir avec des coalitions incompréhensibles. Au moins le dispositif espagnol évite cet écueil en limitant le rôle des partis et en redonnant les clefs aux citoyens. La guerre de tranchée est évitée, l’Espagne est dans une guerre de mouvement, mais n’évite donc pas la crise pour autant.

Nos démocraties deviennent de plus en plus difficilement gouvernables. L’Espagne et la Belgique en sont deux exemples de plus. La solution à nos problèmes ne viendra pas d’une règle institutionnelle ou d’une organisation différente du scrutin. La solution à cette grande fatigue démocratique, personne ne l’a encore trouvée.

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