Retour des djihadistes: ne rien faire, c'est la pire des solutions

Retour des djihadistes: ne rien faire, c'est la pire des solutions
Retour des djihadistes: ne rien faire, c'est la pire des solutions - © Tous droits réservés

En pleine campagne électorale, le retour des Belges partis combattre en Syrie met tous les partis en grande difficulté. Au minimum, ils sont dans un grand malaise, parfois ils sont en pleine contradiction. Le malaise existe depuis le début. Depuis les premiers départs de très nombreux Belges vers la Syrie, en rapport de la population, nous sommes l’un des pays d’Europe les plus producteurs de djihadistes. La Belgique a toujours eu du mal à l’admettre. Dès le début, le réflexe a été de nier toute responsabilité sociétale ou collective dans ce phénomène. 

Les chiffres...

Pour les faits, il y a eu plus de 400 combattants belges partis depuis 2012. Environ 150 étaient encore actifs fin 2018. Il y a aussi 160 enfants et adolescents nés d'au moins un parent belge. Officiellement, la Belgique n’accepte que le retour des enfants de moins de 10 ans. Pour les autres, c'est le cas par cas, c'est à dire le flou total. Nous ne sommes pas les seuls à se mettre la tête dans le sable. C'est le cas de la plupart des autres pays européens. Par contre hors Europe, certains agissent. C'est le cas du Maroc. À leur retour, les djihadistes sont systématiquement interpellés, incarcérés et jugés. 200 (sur 1600!) sont déjà en prison aujourd’hui.


La campagne gèle le débat

Pour le gouvernement en affaires courantes, prendre la décision de rapatrier des djihadistes est évidemment impopulaire. Le problème c’est que si cette décision pose des problèmes de sécurité, ne rien faire en pose aussi et ne résout rien. Car beaucoup de ces djihadistes risquent d’être libérés et repoussés manu militari vers l’Europe. Tout le monde s’accorde à dire que ce serait la pire solution car nous ne contrôlerions plus rien. Du coup, pour éviter le vide, l’imagination est reine. 

La famille libérale plaide pour un jugement dans la région. Pourquoi pas via la CPI ou en tous cas une Cour internationale? C'est théoriquement imaginable mais jugé très peu réaliste à court terme par les experts. La N-VA estime que les djihadistes doivent être jugés par les pays sur place. Et si ces pays, comme l'Irak, appliquent la peine de mort? Tant pis dit Bart De Wever. À noter que la N-VA a changé de position. Il y a quelques jours Bart De Wever disait ne pas voir d’autre solution que les juger ici. 

Le CD&V a également évolué. Koen Geens, le ministre de la Justice, avait ouvert une porte très prudente à des retours. Mais cette porte s’est déjà largement refermée. Le CD&V plaide pour une solution concertée au niveau européen, comme Charles Michel. A gauche on se montre plus favorable à un retour, mais on ne le dit pas très haut. Il n’y a guère que Groen qui se soit exprimé là dessus et plaide pour un retour mais assorti de hautes conditions de sécurité.

Un manque de confiance dans notre État de droit

Cette question semble définitivement trop sensible pour trouver une réponse rationnelle en pleine campagne électorale. L’indécision envoie un message anxiogène à la population. Ainsi donc, nous ne serions pas capable de faire face ? N’avons-nous pas confiance dans notre État de droit, dans nos institutions judiciaires, dans notre appareil sécuritaire? Pensons-nous que l'Irak ferait mieux que nous ? C’est un dossier où rien n'est simple. Un dossier où il n'y a que des mauvaises solutions. Mais ne rien faire, ne rien décider, c’est la pire.
 

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