Qui va pleurer Brussels Airlines ?

Bertrand Henne
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Le dossier Brussels Airlines démontre une nouvelle fois que la Belgique ne défend pas, ou très mal, ses intérêts stratégiques.

Inutile ici de rappeler à quel point nous avons, depuis les années 80, laissé nos grandes entreprises stratégiques filer à l’étranger. Dans tous les pays qui nous entourent, France, Pays-Bas, Allemagne, l’ancrage du capital des entreprises structurantes pour l’économie est une priorité pour les pouvoirs publics. Pas chez nous. On l'a déjà souvent dit, c’est parce qu’il n’existe pas de patriotisme économie chez nous.

En fait si, il en existe un. Il s’est construit en Flandre. Il s’est construit notamment autour de la KBC pour contrer le capitalisme francophone jugé arrogant et anti-flamand. Ce qu’il a très bien réussi à faire du reste. Le capitalisme francophone a implosé.

La Flandre se fiche de Brussels Airlines 

La compagnie fait pourtant tourner l'aéroport de Zaventem qui est important pour la Flandre. Mais, regardez l’histoire. La Sabena était considérée par la Flandre comme une compagnie belgicaine. À sa mort, le traumatisme était surtout francophone alors que les dégâts économiques ont été importants à Zaventem. 

D’ailleurs, quand Guy Verhofsadt a voulu recréer une compagnie belge, il n'a trouvé que deux dinosaures du capitalisme francophones Etienne Davignon et Maurice Lippens pour le faire. Ce sera la SN Brussels Airlines.

Au moment de la création de la SN, la Flandre ne voulait pas qu’on utilise le nom de Belgique pour cette compagnie. Pire, elle n’a pas investi alors que cette compagnie allait permettre de maintenir une activité à Zaventem. Parmi les partenaires publics qui ont investi à l’époque, on trouve le fédéral, la Société Régionale d’Investissements Wallonne (SRIW) et la Société Régionale d’Investissements Bruxelloise (SRIB). Pas de trace de la Flandre.

C’est un comble. La Wallonie, qui réussit si bien avec l'aéroport de Charleroi, a investi dans une compagnie qui fait les belles heures de Zaventem.

On doit donc se résoudre à perdre Brussels Airlines

Oui! C’est déjà fait de toute façon. Puisque les actionnaires de l’époque ont revendu leur part aux Allemands. Ce qui arrive aujourd’hui est inéluctable. Les allemands agissent selon leurs intérêts, leurs aéroports, leurs connexions, leurs hubs, leurs emplois.  

En Flandre, pas grand monde ne pleurera ce reliquat belgicain francophone. À Bruxelles, on pensera surtout diminution du survol et des nuisances, et en Wallonie, on regarde vers les aéroports de Charleroi pour les passagers et de Liège pour le Fret.

Si d’aventure les Allemands tuent Brussels Airlines, l’intègrent à leur filiale low cost, s'ils remplacent tout le management par des allemands, s'ils foutent en l’air des connexions considérées comme stratégiques chez nous, s’ils délaissent Zaventem pour rapatrier des passagers et des profits dans leurs aéroports, nous ne pourrons pas nous plaindre.

Nous pouvons faire beaucoup de choses, mais pas nous plaindre. Dans ce secteur, comme dans d'autres, à force de nous disputer sur la direction à prendre, nous avons lâché le manche à balai. Nous sommes devenus les passagers du capitalisme mondialisé.  

 

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