Qui doit payer pour l’affaire Conings ?

Qui doit payer pour l’affaire Conings ? C’est la question du jour alors que des erreurs graves, des dysfonctionnements en pagaille, ont été relevés au sein des services de renseignement de l’armée, littéralement flingué par un rapport du comité qui surveille les services de renseignement. Mais à ce stade personne ne compte démissionner.

Résumons. Les éléments saillants de ce rapport c’est que tous les niveaux du renseignement militaire jusqu’au top de la défense sont impliqués dans les dysfonctionnements. Ainsi le manque récurrent de personnel, un service mal aimé ce qui conduit à une rotation très importante du personnel et donc à une perte de savoir-faire, des flux d’informations complètement erratiques entre les services, et enfin l’absence en ligne pour ce qui concerne l’extrémisme de droite au sein de l’armée.


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Le service de renseignement à commis des erreurs, c’est l’évidence même, mais ces erreurs sont en partie imputables à l’organisation de l’armée, ce qui implique toute la ligne hiérarchique militaire jusqu’au top, voire jusqu’à la ministre.

Démission(s) ?

La question d’une démission n’est pas du tout évidente. Premier visé, le patron du service de renseignement Philippe Boucké. Il est en poste depuis septembre. Il hérite d’un service en ruine. Difficile de considérer qu’il est le premier responsable dans cette affaire. D’autant plus que des informations cruciales ne lui ont pas été transmises, en particulier le fait que Jürgen Conings soit considéré par l’OCAM comme une menace de niveau 3.

Deuxième visé, le patron de la Défense, le CHOD, Michel Hofman. il ne semble pas non plus être inquiété. Enfin, la ministre socialiste Ludivine Dedonder, sous pression de l’opposition, se retranche derrière le fait je cite “qu’elle a hérité d’un chaos” en octobre dernier. Elle clame qu’elle n’a pas, elle non plus, été mise au courant du fait qu’un soldat était considéré comme une menace grave, de niveau 3.

Une affirmation qui est soumise à de vives interrogations. Hier on a appris qu’elle avait bien été présente à une réunion ou la radicalisation d’extrême droite a été discutée, en mars. Ludivine Dedonder assure que le nom de Jürgen Conings et la menace qu’il représentait n’ont pas été évoqués. Si des têtes tombent, ce sera peut-être à des niveaux subalternes.

Cache-misère ?

Face à autant d’erreurs, une telle perte de crédit pour l’Armée, est-ce qu’on peut continuer comme ça ? Il est en effet assez surprenant que personne ne fasse un pas de côté. Mais soyons de bon compte, une démission aurait avant tout une valeur sacrificielle, symbolique, tant les erreurs paraissent avant tout être le produit d’années et d’années de mauvaise gestion. Comme si une sorte de mérule avait rongé le service de renseignement. Mal aimé au sein de l’armée, peu considéré par les autres services de sécurité civil, un service particulièrement mal organisé et qui a subi des années et des années de gestion budgétaire.

Peut-être qu’une démission ne suffirait pas, elle serait même plutôt un cache-misère qu’autre chose. Cela cacherait la misère au sein de l’armée, mais aussi le fait que les questions de défense et de renseignement sont délaissées des élus et des médias. Comme si ces sujets étaient un peu abandonnés par un pays qui à assez peu conscience du coût de la sécurité extérieure et intérieure. Aujourd’hui on se demande s’il ne faudrait tout simplement pas supprimer le service de renseignement de l’armée pour se contenter du service civil.

Il est possible que ce soit là une solution efficace. Je suis comme la majorité des Belges totalement incompétents sur ce sujet. Par contre, il me semble que la première question à se poser avant de trancher c’est de savoir si cette idée de supprimer le service de renseignement militaire n’est pas justement le produit de la méconnaissance des enjeux de défense. Autrement dit, si en supprimant le SGRS, on ne ferait pas que continuer à faire ce que nous faisons depuis quasiment 30 ans et la fin de la guerre froide, désinvestir, délaisser, affaiblir une institution qui se cherche un avenir et que les élus et les citoyens ont bien du mal à définir.

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